Par Brunelle TCHOBO
Au Bénin, la digitalisation du Port Autonome de Cotonou (PAC) représente une priorité stratégique au cœur de la modernisation de la chaîne logistique nationale. Elle vise à rendre le port plus performant, plus sûr et plus transparent dans la gestion de ses opérations. L’intégration des technologies numériques y redéfinit progressivement les standards de gouvernance portuaire et économique. «Le Port de Cotonou n’est plus seulement un point de transit des marchandises, il devient un véritable nœud logistique, énergétique et digital», souligne Émile Chabi, chef du département du Système d'Information Portuaire (SIP). Selon lui, cette mutation s’inscrit dans la dynamique de modernisation impulsée par le gouvernement béninois et s’aligne sur les standards internationaux des ports intelligents.
Depuis plus d’une décennie, la digitalisation des opérations portuaires à Cotonou a été jalonnée par plusieurs réformes réglementaires et innovations technologiques. L'arrêté ministériel nᵒ 2010/047 a autorisé, dès 2010, la mise en place du Guichet Unique Portuaire (GUP), devenu opérationnel en octobre 2011. Ce dispositif a marqué la première étape de la dématérialisation des procédures d’importation et d’exportation. La dynamique s’est poursuivie avec la création, en 2017, d’un comité chargé de la dématérialisation du dédouanement, puis avec le décret nᵒ2020-058 de février 2020 instituant un régime complet de dématérialisation de la liasse documentaire. Ces évolutions ont conduit à l’adoption d’un nouveau système douanier intégré, Custom Webb, autorisé en 2022 par le gouvernement. Ce système remplace l’ancien SYDONIA World et automatise désormais l’ensemble des procédures douanières, tout en renforçant la transparence et la traçabilité des opérations.
Parallèlement, le décret n°2021-478 du 22 septembre 2021 a institué le Comité de Pilotage de la réforme pour la mise en place du Système d’Information Portuaire (SIP), cœur du nouveau dispositif numérique du port. Le Système d’Information Portuaire (SIP) représente la pierre angulaire de cette transformation. Il s’agit d’une plateforme technologique centralisée permettant le traitement automatique, intelligent et entièrement dématérialisé des services portuaires. «Le SIP vise à garantir la transparence dans toutes les opérations, à fiabiliser les données et à assurer une traçabilité complète des transactions», précise Émile Chabi. Il s’inscrit dans une logique d’efficacité globale, en réduisant le temps de passage des marchandises et les coûts liés aux procédures.
Les objectifs du SIP sont multiples. Garantir la transparence dans les opérations d’import/export; sécuriser l’information et lutter contre la fraude; améliorer la traçabilité et la fiabilité des données; maîtriser le coût et le temps moyen de passage des marchandises et anticiper les goulots d’étranglement dans le processus logistique. Ce système permet également d’optimiser les opérations par l’automatisation de tâches auparavant manuelles, d’accroître la transparence sur la chaîne d’approvisionnement et de réduire les marges de fraude, contribuant ainsi à instaurer un climat de confiance entre les acteurs économiques et les institutions publiques.
Des projets numériques au service de la compétitivité
La stratégie numérique du Port de Cotonou s’appuie sur plusieurs projets technologiques structurants. Le Système Intégré des Opérations Portuaires gère désormais les opérations nautiques et terrestres, en fournissant des données fiables pour mesurer la performance et l’excellence opérationnelle. Le Data Center du Port de Cotonou, infrastructure physique centralisée, abrite l’ensemble des serveurs et systèmes de stockage assurant le traitement et la sécurisation des données. À cela s’ajoute un Security Operation Center (SOC), véritable tour de contrôle de cybersécurité, chargé de détecter et de répondre en temps réel aux cybermenaces.
Un Data Warehouse (entrepôt de données) collecte et intègre les informations issues de diverses sources, facilitant ainsi le reporting et la prise de décision stratégique. Enfin, le réseau privé 5G, récemment déployé, offre une connectivité ultra-rapide et sécurisée, renforçant la réactivité et la fiabilité des opérations portuaires. Les retombées de cette transformation numérique sont déjà perceptibles. Les procédures sont plus fluides, les contrôles douaniers plus efficaces et les coûts mieux maîtrisés. Les opérateurs économiques bénéficient d’une plus grande prévisibilité tandis que les délais de traitement sont considérablement réduits.
Selon Émile Chabi, «le SIP et les autres systèmes mis en place contribuent à réduire les erreurs humaines, à renforcer la transparence et à améliorer la satisfaction des usagers». Les données désormais centralisées et sécurisées permettent une meilleure planification et une analyse plus fine de la performance portuaire. En outre, la digitalisation favorise un environnement de travail plus collaboratif et encourage l’innovation. Les équipes disposent d’outils modernes pour partager les informations en temps réel, ce qui améliore la coordination entre les différents acteurs tels que la douane, les transitaires, les manutentionnaires, les compagnies maritimes et l'administration portuaire.
Vers une économie portuaire plus durable et connectée
La digitalisation du Port de Cotonou dépasse la simple modernisation technique; elle constitue un levier de compétitivité et d’attractivité économique pour le Bénin. Elle permet non seulement d’améliorer la gouvernance logistique, mais aussi de renforcer la position du pays dans les échanges régionaux et internationaux.
En rendant le port plus intelligent, transparent et interconnecté, les autorités béninoises entendent faire du PAC un hub logistique de référence dans la sous-région ouest-africaine. «Nous travaillons à bâtir un port plus performant, plus sûr et totalement aligné sur les standards internationaux», conclut Émile Chabi. Une ambition qui, à terme, devrait consolider le rôle du Port de Cotonou comme moteur stratégique de l’économie béninoise et pilier essentiel de la compétitivité nationale.