Par Délé Abiossè
L'économie mondiale entre dans une nouvelle zone de turbulence. Elle pourrait subir un ralentissement au cours des 12 prochains mois selon les perspectives des économistes en chef du Forum économique mondial publié le 28 mai 2026. S'appuyant sur des consultations et les réponses à un sondage mené auprès de la communauté des économistes en chef du Forum économique mondial, le rapport analyse une économie mondiale fragilisée par l'escalade du conflit au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d'Ormuz.
Selon le rapport, 89% des économistes en chef interrogés anticipent un ralentissement de la croissance mondiale au cours des douze prochains mois. Plus d'un expert sur cinq prévoit même une dégradation significative de l'activité économique mondiale. Au cœur des inquiétudes figure le conflit au Moyen-Orient et surtout la fermeture du détroit d'Ormuz, point stratégique du commerce mondial des hydrocarbures. Cette situation a provoqué des perturbations majeures dans l'approvisionnement en carburant, en engrais et en plusieurs produits essentiels. Des secousses qui se propagent désormais bien au-delà de la région du Golfe.
L'inflation est redevenue le principal risque à court terme. Selon le rapport, 94% des économistes en chef interrogés s'accordent à dire que l'inflation mondiale augmentera au cours des 12 prochains mois. Cette inflation attendue sera principalement alimentée par la hausse des prix de l'énergie et des produits alimentaires. Le choc devrait frapper différemment les diverses régions de l'Afrique.Région la plus exposée de l’Afrique
La région de l'Afrique du Nord est confrontée à la plus forte détérioration des perspectives économiques. Elle subira de plein fouet les répercussions de la fermeture du détroit d'Ormuz, exactement comme la région du Moyen-Orient.C'est du moins ce sur quoi s'accordent les analyses de 88% des économistes en chef qui ont participé aux travaux de réflexion. L'Égypte, la Tunisie, le Maroc ou encore l'Algérie pourraient subir de fortes tensions liées à la dépendance alimentaire et énergétique. La hausse des prix des céréales, du carburant et du transport risque d'alourdir davantage les dépenses publiques et de fragiliser les ménages déjà confrontés à un coût de la vie élevé. En effet, plus de quatre économistes en chef sur cinq prévoient une hausse, voire une forte hausse, des prix alimentaires dans toutes les régions, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord étant particulièrement exposés.
Région relativement plus stable de l’Afrique
L'Afrique subsaharienne, dont fait partie le Bénin, est perçue comme plus stable, même si l'inflation dans ces régions constitue une préoccupation majeure. 67% des personnes interrogées dans cette région de l'Afrique anticipent une inflation élevée, voire très élevée. Il faut dire qu'à Cotonou, les ménages ressentent déjà les effets de la hausse des prix du transport, des produits alimentaires et de certains services essentiels. Tout comme le Moyen-Orient, l'Afrique subsaharienne et l'Afrique du Nord sont désormais considérées comme moins attractives en raison des risques géopolitiques et des contraintes infrastructurelles.
Les nouvelles destinations privilégiées des investisseurs
À l'inverse, les États-Unis, l'Inde et l'Asie du Sud-Est sont désormais considérés comme les environnements d'affaires les plus attractifs, avec respectivement 65%, 56% et 50% des répondants les plaçant dans leur top 3. Ce classement suggère que la taille, la flexibilité stratégique et le positionnement dans la chaîne d'approvisionnement sont plus importants que la seule croissance globale. Les États-Unis conservent des marchés de capitaux et une demande importants, l'Inde offre une taille critique et un fort potentiel de croissance, tandis que l'Asie du Sud-Est devrait bénéficier de l'augmentation des investissements étrangers et de la diversification de sa chaîne d'approvisionnement.
Le message général véhiculé par les économistes en chef est que l'économie mondiale ne ralentit pas simplement : elle est en pleine restructuration sous l'effet des conflits, des tensions sur les chaînes d'approvisionnement, de l'insécurité énergétique et d'une transformation technologique plus inégale.












