Par Carlos DEGBE
Entre 2024 et 2025, le Sénégal a vu sa situation budgétaire se détériorer. L’agence américaine de notation, Standard & Poor’s, a abaissé la note souveraine du pays de B- à CCC+, ce qui traduit une baisse de confiance dans sa capacité à rembourser sa dette. Concrètement, cela signifie que le pays doit payer plus cher pour emprunter et que les investisseurs étrangers deviennent plus prudents. Dans cette période délicate, le Sénégal avait besoin de souscripteurs prêts à acheter ses obligations pour financer son budget et éviter une crise de liquidité. C’est ici que les banques ivoiriennes sont intervenues de façon déterminante.
Ce que les banques ivoiriennes ont réellement fait
Selon RFI et Standard & Poor’s, les banques ivoiriennes ont multiplié par trois leurs achats de dette sénégalaise en douze mois. Elles sont devenues les premiers soutiens financiers de Dakar au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
Plusieurs raisons expliquent cette montée en puissance :
- Des taux d’intérêt élevés, donc attractifs pour les investisseurs.
- Un marché régional interconnecté, où les dettes publiques circulent facilement entre les pays membres.
- Une tradition de coopération financière, avec la Côte d’Ivoire jouant souvent le rôle de stabilisateur dans la zone.
L’économiste Ousmane Diomandé affirme que les taux proposés par Dakar comptaient parmi les plus intéressants de la sous-région. Pour les banques ivoiriennes, l’opération n’a donc rien d’une prise de risque irrationnelle : c’est une stratégie financière bien calculée.
Les enjeux pour la Côte d’Ivoire et pour la région
Pour le Sénégal, cette demande ivoirienne a joué un rôle crucial. Sans ces souscriptions, l’État aurait eu davantage de difficultés à financer ses dépenses courantes. Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu dépasse le simple gain financier. En intervenant massivement, ses banques consolident leur image d’acteurs solides et influents au sein de l’UEMOA. Cette dynamique renforce le statut d’Abidjan comme hub financier régional. Les banques ivoiriennes deviennent des intermédiaires privilégiés pour les investisseurs locaux et internationaux qui veulent accéder au marché de la dette ouest-africain.
Des risques réels, mais moins élevés qu’on pourrait le croire
La baisse de la note sénégalaise pourrait faire craindre une exposition dangereuse. Mais selon Standard & Poor’s, les banques ivoiriennes ne portent pas seules la charge finale de ces obligations. Elles jouent souvent un rôle d’intermédiaire : elles achètent, puis revendent une partie importante aux investisseurs institutionnels. Leur risque direct est donc limité.
Le vrai point d’attention concerne plutôt le long terme : emprunter à des taux élevés n’est pas soutenable indéfiniment pour un État. Si la note du Sénégal devait encore baisser, certains investisseurs pourraient devenir plus sélectifs.
Perspectives : prudence, mais aussi opportunités
À court terme, cette dynamique devrait se poursuivre : les taux restent attractifs et les banques ivoiriennes disposent d’une marge de manœuvre. À moyen terme, cette situation pourrait renforcer l’intégration financière de la région, en positionnant davantage la Côte d’Ivoire comme pivot du marché de la dette.
À long terme, tout dépendra de la capacité du Sénégal à stabiliser ses finances et à regagner la confiance des agences de notation. Une stabilisation renforcerait la valeur des portefeuilles actuels. À l’inverse, une instabilité prolongée exigerait des arbitrages plus prudents de la part des institutions ivoiriennes.