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Soudan : Une guerre qui ruine l’économie du pays et fragilise toute une région

Depuis avril 2023, le Soudan est plongé dans une guerre dévastatrice opposant les Forces armées soudanaises (FAS), dirigées par Abdel Fattah al-Burhan, aux Forces de soutien rapide (FSR), sous le commandement de Mohamed Hamdan Dagalo.

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Soudan : Une guerre qui ruine l’économie du pays et fragilise toute une région

Depuis avril 2023, le Soudan est plongé dans une guerre dévastatrice opposant les Forces armées soudanaises (FAS), dirigées par Abdel Fattah al-Burhan, aux Forces de soutien rapide (FSR), sous le commandement de Mohamed Hamdan Dagalo.

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Par Brunelle TCHOBO

Trois ans plus tard, le coût humain et économique de ce conflit s’avère catastrophique pour le Soudan et pour l’ensemble de la région. Les racines du conflit remontent au soulèvement populaire de 2018-2019, qui mit fin à trente ans de règne autoritaire d’Omar el-Béchir. Portée par les jeunes et la société civile, cette révolution réclamait un véritable pouvoir civil et la fin de l’ingérence militaire dans la politique et l’économie. Mais en octobre 2021, un coup d’État militaire mené conjointement par les Forces armées soudanaises (FAS) et les Forces de soutien rapide (FSR) a brisé la transition démocratique. 

Les tensions entre les deux généraux, exacerbées par la question du contrôle du secteur aurifère et l’intégration de la milice au sein de l’armée nationale, ont dégénéré en guerre ouverte en avril 2023. Derrière cette rivalité de chefs se dissimule une lutte économique féroce relative au contrôle des mines d’or, des routes commerciales, du bétail et des territoires stratégiques. Selon la Banque mondiale, le Soudan, déjà affaibli par la perte des revenus pétroliers après la sécession du Sud en 2011, est aujourd’hui au bord de l’effondrement. Les institutions civiles sont paralysées tandis que deux gouvernements rivaux se disputent la légitimité : celui des FAS à Port-Soudan (est) et celui des FSR à Nyala, au Darfour (ouest).

Effondrement économique et pauvreté généralisée

La guerre a provoqué l’une des plus fortes récessions de l’histoire récente. D’après la Banque mondiale, le produit intérieur brut (PIB) réel s’est contracté de 29,4% en 2023 et devrait reculer de 14% supplémentaires en 2024. Khartoum, le cœur économique du pays, est en grande partie détruite. Les services publics, santé, éducation, télécommunications, finance, se sont effondrés, tout comme la production industrielle et agricole.

L’inflation a atteint des niveaux vertigineux. 170% en 2024, avant de retomber à 78% en 2025, selon les estimations. Les prix du logement, du transport et de l’alimentation ont explosé, plongeant des millions de ménages dans la précarité. Les recettes publiques, qui représentaient 10% du PIB en 2022, sont tombées à moins de 5% deux ans plus tard. Le taux d’extrême pauvreté a plus que doublé, passant de 23% à 59% entre 2022 et 2024.

Les experts de la Banque mondiale alertent. Sans cessez-le-feu et plan de reconstruction, 71% de la population pourrait bientôt vivre dans l’extrême pauvreté. Le Soudan a perdu ses infrastructures, son tissu productif et une grande partie de son capital humain. Le pays s’est aussi vu coupé des échanges régionaux, avec la fermeture des ports, le blocage des routes commerciales et la paralysie des exportations de bétail et de céréales.

Une crise humanitaire sans précédent

Le conflit soudanais est désormais la pire crise de déplacement au monde. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), plus de 14 millions de personnes ont fui leur foyer : 7 millions déplacées à l’intérieur du pays et 4 millions réfugiées dans les États voisins (Tchad, Égypte, Éthiopie, Soudan du Sud). Près de 26 millions de personnes, soit la moitié de la population, souffrent de faim aiguë.

Le rapport de la Mission du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, publié en septembre 2025, documente des crimes de guerre : massacres, viols, pillages, sièges de villes entières. Les femmes et les enfants paient le plus lourd tribut, avec la plupart des écoles et des hôpitaux détruits. Quelques dispensaires fonctionnent encore dans les zones assiégées comme Al-Fasher.

Les organisations humanitaires, déjà limitées dans leurs moyens, font face à des obstacles politiques et logistiques. La réduction de l’aide internationale, notamment après la baisse du financement américain en 2025, a aggravé la détresse des civils. L’ONU a lancé un plan d’aide humanitaire de 6 milliards de dollars, mais les besoins dépassent largement les ressources disponibles.

L’instabilité soudanaise a des répercussions bien au-delà de ses frontières. Situé au carrefour du Sahel, de la Corne de l’Afrique et du monde arabe, le pays joue un rôle stratégique dans les échanges commerciaux et la sécurité régionale. La guerre a interrompu les flux de marchandises, accentuant les tensions économiques et humanitaires dans les pays frontaliers.

Malgré la gravité de la situation, quelques signes de résilience apparaissent. À la mi-2025, certaines zones montrent une légère reprise grâce au retour de déplacés et à la réouverture d’activités locales. La Banque mondiale estime qu’avec un accord de paix, une reprise progressive est envisageable : baisse de l’inflation, redressement des exportations, relance du secteur agricole et réhabilitation des infrastructures.

Mais cette perspective dépend de la fin des hostilités. Une paix durable suppose de placer les acteurs civils et communautaires, notamment les comités de résistance et les organisations locales, au cœur de la reconstruction. Sans inclusion démocratique ni embargo sur les armes, aucune relance économique ne pourra être durable. Dans un pays où la guerre a dévasté à la fois les institutions et les espoirs, l’enjeu dépasse la survie économique. C’est la reconstruction d’un État et d’une société tout entière qui est en jeu.

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