Par Délé Abiossè
Pas de temps à perdre, le président élu veut montrer aux béninois qu’il est déjà à la tâche. Quelques heures après son investiture à la magistrature suprême, le président Romuald Wadagni a signé le décret n°2026-314 du 24 mai 2026 portant composition de son premier gouvernement. Vingt-quatre ministres dont cinq ministres délégués constituent cette équipe gouvernementale.
1. Un gouvernement sans ministre d'État
Contrairement au gouvernement de Patrice Talon, le premier gouvernement Wadagni ne compte aucun ministre d'État. En 2016, le premier gouvernement de l'ancien président Patrice Talon comptait deux ministres d'État : Pascal Irénée Koupaki au Secrétariat général de la présidence et Abdoulaye Bio Tchané au Développement. Par la suite, Romuald Wadagni alors ministre des finances à lui-même été promu ministre d'État en 2021.
2. Un gouvernement plus étoffé, avec plus de femmes qu'en 2016
Vingt-quatre ministres et un secrétaire général du gouvernement. Le premier gouvernement de Romuald Wadagni compte plus de ministres que celui de son mentor Patrice Talon. À son arrivée au pouvoir le 6 avril 2016, Patrice Talon avait composé un gouvernement de vingt-et-un membres.
L’équipe gouvernementale formée par Romuald Wadagni marque aussi une progression notable sur la représentation féminine. Elle compte six femmes contre trois dans le premier gouvernement de son prédécesseur.
3. Une équipe relativement jeune
Le signal avait pourtant été donné dès le 13 mai 2026, lors du dernier conseil des ministres présidé par Patrice Talon. S'adressant à Abdoulaye Bio Tchané et à Pascal Irénée Koukpaki, le président sortant avait été explicite pour ceux qui savent lire entre les lignes.
« Je crois que le moment est arrivé pour que nous passions à autre chose, nous qui avons un certain âge. Mon souhait, c'est que la nouvelle équipe, beaucoup plus jeune, nous osons l'espérer, soit dotée de l'énergie nécessaire », avait-il déclaré. Deux semaines plus tard, la composition du gouvernement Wadagni reste en phase avec les propos tenus par Patrice Talon.
Parmi les 24 ministres nommés, les profils quadragénaires dominent. Corinne Amori Brunet, ministre des Affaires étrangères et Benoît Dato, ministre des Sports et de l'Engagement Civique, ont tous deux 42 ans.
Aurélie Adam-Soulé Zoumarou, ministre de la Communication, en charge des Médias, a 43 ans; Mahouna Apklogan, ministre de la Transformation Digitale et de l'Innovation, en charge de la stratégie nationale d'intelligence artificielle a aussi 43 ans.
Yassine Latoundji, ministre de la Culture, des Arts et du Patrimoine à la Culture a 46 ans. Sèdami Mèdégan Fagla, ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, en charge de la Formation Technique a 47 ans. Gildas Agonkan, ministre délégué auprès du Président de la République, chargé de la Défense Nationale, a 48 ans.
4. Sept anciens ministres de Patrice Talon
Ils sont sept ministres du régime défunt à rester encore aux affaires. Certains conservent leur portefeuille à l'identique. C’est le cas Benjamin Hounkpatin ministre de la Santé et Yvon Détchénou, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et de la Législation.
Cinq autres ministres du régime Talon restent en poste mais avec des portefeuilles ministériels revus. Ministre des affaires étrangères sous Patrice Talon, Olushegun Adjadi Bakari devient ministre du Tourisme et du Commerce Extérieur, en charge de l'Industrie et de la Promotion de l'investissement privé.
Anciennement ministre des affaires sociales et de la microfinance, Véronique Tognifodé devient ministre de la Famille et de l'Action Sociale. Récemment ministre du numérique et de la digitalisation Aurélie Adam-Soulé Zoumarou est nommée ministre de la Communication, en charge des Médias.
En plus des Sports, le ministre Benoît Dato s’occupera désormais de l'Engagement Civique. Connu sous Talon en tant que ministre de l’industrie et du commerce, Shadiya Alimatou Assouman est désormais ministre du Commerce Intérieur, en charge de la formalisation de l'économie. Le maintien de ces sept ministres dans l'exécutif confirme la continuité assumée de ce régime vis-à-vis du régime défunt.
5. Des poids lourds parmi les nouveaux visages
Les dix-sept nouveaux membres du gouvernement ne sont pas tous des inconnus de l’espace médiatique. Janvier Yahouédéou, nommé à la Décentralisation, était coordonnateur du collège des ministres conseillers de Patrice Talon depuis janvier 2025. Ancien député, figure historique de la défense de la Constitution sous Kérékou et Boni Yayi, auteur des ouvrages “Les Vraies Couleurs du Caméléon” et “Crépuscule d'un dictateur”.
Corinne Amori Brunet, nouvelle cheffe de la diplomatie béninoise, était la première femme ambassadrice du Bénin en France depuis 2023. Issue du secteur privé, de la finance et des médias, lauréate du programme Young Leaders de la French-African Foundation en 2021, elle incarne le profil de cadre forgé hors des filières politiques traditionnelles que Wadagni entend promouvoir.
Aristide Médenou, qui prend les rênes de l'Économie et des Finances, était directeur général de l'Économie au même ministère sous Wadagni lui-même. Docteur en économie de l'Université Gaston Berger de Saint-Louis, ingénieur statisticien économiste de l'ENSEA d'Abidjan, il a également travaillé au Fonds monétaire international entre 2022 et 2023.
Nicolas Yenoussi n’est plus à présenter. Il a été depuis 2016, le directeur général des impôts (DGI). Le 24 mars 2026, Nicolas Yenoussi est élevé au grade de Commandeur de l’Ordre National pour sa contribution à la fiscalité.










