Par Délé Abiossè
Des représentants du Mali, du Burkina Faso et du Niger, les trois membres de l'Alliance des États du Sahel (AES), ont pris part à la cérémonie d'investiture de Romuald Wadagni, dans ses fonctions de président de la République, ce 24 mai 2026 à Cotonou. Le Burkina Faso était représenté par son ministre des Affaires étrangères Karamoko Jean-Marie Traoré et le Mali était aussi représenté par son ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop.
La délégation du Niger est quant à elle conduite par son Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine. Cela n'était pas gagné d'avance. Surtout lorsqu'on sait que pour le défilé militaire du 1er août 2025, deux des pays de l'Alliance des États du Sahel (AES) avaient décliné l'invitation de Cotonou à parader aux côtés des forces armées béninoises.
Les observateurs misaient depuis plusieurs mois sur l'alternance à Cotonou pour espérer un nouveau départ. Un nouveau départ parce que Romuald Wadagni n'est pas Patrice Talon. Il ne porte pas sur ses épaules le même contentieux avec Niamey.
L'autre avantage que le Bénin a, et qui sans doute facilite le rapprochement entre le Bénin et l'AES notamment le Niger, c'est que la nouvelle première dame Nathalie Villette Wadagni est d'origine burkinabè.
Un discours taillé sur mesure
Le discours aussi est pensé pour enterrer la hache de guerre. « Avec nos pays voisins, nous mettrons un accent particulier sur l'approfondissement de la coopération régionale. Le Bénin continuera d'agir pour la stabilité, le dialogue et le respect », a déclaré Romuald Wadagni lors de son investiture.
Comme promis lors de sa campagne électorale, Romuald Wadagni fait du réchauffement des relations entre le Bénin et les pays de l'AES une action prioritaire. Et conscient de la montée de l'extrémisme violent dans la sous-région, il tend la main aux dirigeants de l'AES en prenant le soin de leur rappeler que « nous sommes condamnés à travailler ensemble ». « Je veux donc réitérer la disponibilité du Bénin à agir de concert avec eux pour venir à bout de ce fléau », a-t-il déclaré.Les pays de l'AES revendiquent leur autonomie vis-à-vis de l'Occident notamment la France. Pour cela, Romuald Wadagni leur assure qu'en unissant leurs forces avec le Bénin et les autres pays voisins « nous pouvons bâtir une Afrique puissante en faisant nos propres choix d'orientation stratégique et en veillant surtout à leur bonne exécution ».
Genèse de la crise diplomatique
Depuis le coup d'État de juillet 2023 qui a porté le général Abdourahamane Tiani au pouvoir à Niamey, les relations entre le Niger et le Bénin n'ont cessé de se dégrader. La CEDEAO avait imposé des sanctions économiques sévères au régime militaire nigérien. En représailles, Niamey fermait sa frontière avec Cotonou en septembre 2023, accusant le Bénin d'abriter des soldats français qui envisageraient d'attaquer le Niger. Une accusation fermement et à maintes reprises démentie par les autorités béninoises.
En février 2024, Cotonou rappelait son ambassadeur au Niger, Gildas Agonkan, aujourd'hui ministre délégué à la Défense dans le gouvernement Wadagni, après que ce dernier eut présenté des excuses publiques au peuple nigérien, un geste jugé comme une « faiblesse diplomatique » par les autorités béninoises.
En janvier 2026, deux agents de l'ambassade du Niger à Cotonou étaient expulsés. Niamey répondait en déclarant persona non grata le Premier conseiller de l'ambassade du Bénin à Niamey. Les frontières restaient fermées. L'une des artères commerciales les plus fréquentées d'Afrique de l'Ouest s'était muée en ligne de fracture géopolitique.
Un corridor économique à rouvrir d'urgence
Les conséquences économiques de cette brouille pèsent lourd sur les deux pays. Le port de Cotonou, principale voie d'importation et d'exportation du Niger avant la crise, tourne au ralenti depuis que Niamey a redirigé ses flux vers le port de Lomé. Un détour qui contraint les camionneurs nigériens à traverser le Burkina Faso, exposés quotidiennement aux attaques des groupes djihadistes.
Le Bénin avait également suspendu son autorisation de chargement du pétrole nigérien à Seme-Kpodji via l'oléoduc de 2.000 kilomètres géré par WAPCO. Les médiations des anciens présidents Thomas Boni Yayi et Nicéphore Soglo n'avaient rien changé.
Romuald Wadagni a tendu la main. Aujourd’hui, les lignes semblent progressivement bouger, en témoigne le déplacement de la haute délégation de l’AES à l’investiture. Il reste maintenant à transformer ces signaux en actes concrets, car ce sont les populations des deux pays, qui subissent les désagréments liés à la fermeture des frontières côté Niger.










