Par Claudia Kenou
Nonobstant son indépendance, le Bénin a toujours été épaulé financièrement par les partenaires techniques et financiers quant à l’organisation des élections. Il a fallu attendre 2016 pour mettre fin à cette apparence. Et, depuis les élections législatives de 2019, le pays matérialise sa souveraineté et ne compte plus sur aucune aide financière externe, pour désigner ses élus.
Autres temps, autres mœurs! Depuis son accession à la souveraineté internationale, le Bénin n’a connu le renouveau démocratique qu’à partir de la présidentielle de 1991. Cette échéance survenue aux lendemains de la désarmante et tumultueuse Conférence des forces vives a fait instaurer dans le pays, une stabilité politique jusque-là inégalée. Mettant ainsi fin aux humeurs politiques et changements de régimes sans orthodoxie, tout renouvellement des instances politiques du pays, conformément aux critères démocratiques, appelle donc à des joutes électorales. Coûteuses et parfois ruineuses en Afrique, les élections quant à leur organisation ont toujours nécessité la mobilisation d’importants moyens financiers et logistiques.
Sachant qu’ils ne font pas face à toutes ses dépenses pourtant de souveraineté, les gouvernements succédant au Bénin à l’instar de la grande majorité des États du Continent ont toujours eu du flair, à demander voire mendigoter de l’aide aux bailleurs. Ceci, afin de financer les différentes élections au niveau national. Pourtant jugée comme première caractéristique de la vitalité d’une démocratie et d’un État souverain, cette posture des dirigeants béninois a toujours été mal vue dans l’opinion. Car, être indépendant et continuer par se faire aider pour l’organisation des échéances électorales, relève d’une ambivalence indescriptible. D’autant plus que certains à tort ou à raison ont toujours argué que ces bailleurs ou partenaires techniques et financiers pourraient implicitement s’immiscer dans ces élections, du moment où ils deviennent des parties prenantes.
Jusqu’à l’arrivée de Patrice Talon
Si malgré ces critiques et craintes, les différents régimes depuis le renouveau démocratique n’ont jamais pu trouver un fil d’Ariane à cette situation qui devenait une avanie à la démocratie béninoise, c’était sans compter sur l’avènement de la Rupture et du Nouveau départ. Depuis 2016, les choses semblent changer. Conduit par l’ex magnat du coton, le Bénin a renoncé à cette politique. Avec le régime de Patrice Talon où beaucoup d’habitudes et de choix politiques et économiques d’antan ont été remis en cause, les différentes élections ne s’organisent plus grâce aux apports externes. Pris en charge désormais par le budget national, les élections législatives de 2019, communales et municipales de 2020 et présidentielle de 2021 ont par exemple été totalement prises en charge par le gouvernement béninois. Avec des prévisions et lignes budgétaires bien définies à l’avance, le pouvoir de Patrice Talon depuis son arrivée n’a eu de cesse de relever ce qui était devenu un défi dans la sous-région. Les élections générales de 2026 qui ont fait grossir le budget national, exercice 2025 sont à nouveau une autre référence palpable de cette quête sans demi-tour, de la souveraineté du pays auprès de la communauté internationale. Même si beaucoup de critiques et de contestations s’observent sous le régime, soupçonné souvent de hold-up électoral par l’opposition et certaines franges de la société civile, il n’en demeure pas moins que le Bénin fait désormais son entrée dans le cercle restreint des pays africains qui autofinancent ses propres compétitions électorales. Si cela traduit un acte d’indépendance à nul pareil, étirer cet exploit à d’autres dépenses nationales sera encore plus conséquent. Déjà que la brèche est ouverte, le pays doit aller loin. L’indépendance mérite d’être aussi financière.