Par Claudia Kenou
Alors que le Bénin et le Niger sont en rupture de relations diplomatiques et économiques, Nicéphore Soglo et Boni Yayi tentent à Niamey de faire fléchir les militaires au pouvoir. Une option diversement appréciée, mais qui semble, depuis l’avènement de ce brouhaha, être la plus prometteuse.
Poumon de l’économie béninoise, le Port autonome de Cotonou (Pac) est éreinté. Dépendant à près de 50% du Niger, la plateforme portuaire est, depuis le 26 juillet 2023, privée de cette manne. Et pour cause, entre le Bénin et son voisin sahélien, plus rien ne va. Ceci, depuis cette date où un coup d’État militaire a retenti sur la capitale nigérienne, faisant désormais du Général Abdourahamane Tiani le nouvel homme fort du pays au grand dam de Mohamed Bazoum, déchu et détenu par ces militaires. Si le Bénin, en fermant ses frontières avec le Niger, respectait les mesures de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) en guise de sanctions, c’était sans avoir imaginé le rigorisme des nouveaux dirigeants du Niger. Pour preuve, nonobstant la levée de ces mesures et sanctions, Abdourahamane Tiani et son équipe ne lâchent pas prise. Pendant que toutes les barrières sont levées au Bénin pour permettre à nouveau la reprise des activités économiques, du côté du Niger, tout reste hermétiquement fermé. Pour ce dernier, le Bénin abrite désormais des terroristes entraînés, qui pourraient s’en prendre au pays. Dans cet imbroglio teinté de roublardise où ça s’accuse à tort et à travers, la souffrance des deux peuples continue. « Le chiffre d’affaires du Port autonome de Cotonou a baissé de 10 à 15 % maximum. Avant la crise, le Port autonome de Cotonou recevait 95 à 100 navires en 30 jours, mais depuis que le Bénin et le Niger sont en crise, il en reçoit entre 70 et 80 navires », a reconnu un responsable de la plateforme portuaire, qui s’est confié à Bip Radio de Cotonou. Autrement, tout le monde ressent les effets de cette crise qui a étendu ses tentacules jusqu’au projet Pipeline, désormais à l’arrêt. Malgré sa volonté de faire revenir le Niger en de bons sentiments, Patrice Talon, qui y a délégué plusieurs fois ses ministres, n’a pas eu gain de cause.
Soglo et Yayi jouent les bons offices…
Après les nombreux échecs essuyés jusque-là par les émissaires de Patrice Talon à Niamey, le désespoir était déjà au rendez-vous. Seulement, c’était sans compter sur les deux anciens présidents béninois encore vivants, dont les auras peuvent encore sonner le glas à Niamey. Décidés à contribuer au dénouement de cette crise, Nicéphore Soglo et Boni Yayi ont foulé le sol nigérien lundi 24 juin, où durant leur séjour, ils ont pu échanger avec le chef de la junte nigérienne ainsi que les anciens présidents du pays. Restés jusque-là discrets sur les tenants et aboutissants de cette médiation entreprise, cette posture des deux anciens chefs de l’État béninois a créé de vives interprétations dans l’opinion nationale. Pour les uns, Patrice Talon n’aurait pas donné son quitus. Il est donc inadmissible qu’ils se rendent au Niger pour, d’après eux, parler au nom du Bénin. Pour les autres, Nicéphore Soglo et Boni Yayi sont vus beaucoup plus comme des opposants que des médiateurs crédibles. Pendant ce temps, une autre frange pense dur comme fer que cette crise dépasse Patrice Talon seul, d’où l’intervention de ses prédécesseurs. Des quiproquos qui ont évolué après que les premières coulisses de cette rencontre avec les autorités nigériennes ont été révélées et qui font état de la disponibilité des autorités nigériennes à dialoguer avec la partie béninoise pour la réouverture de ces frontières. Mieux, le fait que Patrice Talon ait décidé de recevoir ses prédécesseurs ce lundi 1er juillet pour discuter de l’étendue des échanges eus à Niamey est un fait majeur qui confirme que Nicéphore Soglo et Boni Yayi reçoivent l’assentiment de Patrice Talon.
Lueur d’espoir
Si les deux anciens présidents béninois sont restés taiseux depuis le début de cette médiation, cette posture n’a pas permis à l’opinion d’avoir une idée claire sur ses retombées. Néanmoins, d'après des informations révélées par les proches des deux émissaires auto-désignés, il se susurre que les autorités nigériennes sont favorables au rétablissement des relations entre les deux pays, même si quelques conditions se dessinent. Toujours est-il que désormais, cet espoir peut être nourri. Reste aux deux parties de prouver leur bonne foi, en faisant taire les divergences, pour le bonheur et la santé économique de leurs peuples. Une chose reste évidente, Nicéphore Soglo et Boni Yayi n’ont pas été de trop dans ce conflit.