Par Carlos DEGBE
La cherté de la vie reste l’un des défis économiques les plus sensibles pour la Côte d’Ivoire. Dans un contexte mondial marqué par la hausse des prix des denrées et du fret, l’inflation importée s’est répercutée sur les marchés intérieurs, fragilisant les ménages et pesant sur les chaînes d’approvisionnement.
C’est dans ce cadre que le Conseil national de lutte contre la vie chère ( CNLVC) a fait le point sur les instruments déployés par l’État pour préserver le pouvoir d’achat et sécuriser l’accès aux produits essentiels. L’intervention de sa secrétaire exécutive rappelle que la politique anti-inflation ne peut plus se limiter à la régulation des prix : elle doit agir sur l’offre, les revenus et les infrastructures.
Plafonnement, relance vivrière, infrastructures commerciales
Selon le CNLVC, trois axes structurent la réponse publique. D’abord, le plafonnement des prix sur les produits de première nécessité (riz, huile, viande, lait), une mesure reconduite pour contenir les effets des fluctuations internationales et limiter la spéculation. La responsable affirme que ce dispositif a permis de maintenir des prix « abordables et compétitifs » sur tout le territoire.
Ensuite, un soutien renforcé à l’agriculture vivrière, avec distribution d’engrais, amélioration de la commercialisation et appui aux producteurs. L’objectif est de réduire la dépendance aux importations et de stabiliser l’offre locale.
Enfin, un programme national de 155 marchés de proximité, dont plus d’une cinquantaine déjà livrés. Ces infrastructures doivent rapprocher producteurs et consommateurs, réduire les coûts logistiques et fluidifier la distribution des produits locaux. La pose récente de la première pierre du marché de Yamoussoukro illustre la continuité du programme.
Sécuriser l’offre et structurer un modèle de résilience
Au-delà du contrôle des prix, ces actions posent les bases d’une stratégie plus profonde : renforcer l’autonomie alimentaire du pays. La dépendance aux importations expose les ménages aux variations mondiales ; d’où l’accent mis sur les filières vivrières et le consommer local.
L’enjeu économique est double : stabiliser les prix tout en améliorant les revenus des producteurs. L’enjeu social est tout aussi central : préserver le pouvoir d’achat dans un contexte de forte urbanisation et de pression sur la demande intérieure.
La multiplication des marchés de proximité peut également structurer un écosystème plus compétitif, en réduisant les marges intermédiaires et en améliorant la traçabilité.
L’équilibre délicat de la régulation
Le plafonnement reste un instrument efficace à court terme, mais il comporte des risques : distorsions de marché, désincitation pour certains distributeurs ou tensions sur l’approvisionnement si les coûts mondiaux repartent à la hausse.
À l’inverse, les investissements agricoles et commerciaux constituent des leviers durables : meilleure productivité, circuits plus courts, renforcement de l’économie locale. L’opportunité majeure réside dans la structuration de filières vivrières plus performantes, capables de répondre à la demande urbaine.
Vers un modèle anti-inflation fondé sur l’offre locale
Si les mesures actuelles ont permis de freiner la hausse des prix, leur efficacité future dépendra de la capacité du pays à poursuivre la modernisation agricole, accélérer la construction des marchés et généraliser le réflexe de consommation locale.
Pour les décideurs publics comme pour les acteurs économiques, la priorité sera d’articuler régulation des prix, soutien aux revenus et compétitivité des filières vivrières. Une stabilité durable passera moins par le contrôle administratif que par une transformation structurelle de l’offre.