Selon le rapport « Intra-regional Food Trade in West Africa : New Evidence, New Perspectives » publié en septembre 2025 par le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le transport routier constitue aujourd’hui le principal moteur de ces échanges. Près de 78% du commerce alimentaire intrarégional s’effectue à bord de camions de 10 à 22 roues, d’une capacité moyenne de 35 tonnes. Environ 9% supplémentaires transitent par des camions de 6 à 8 roues pouvant transporter 17 tonnes.
Loin de l’image d’un commerce informel dominé par de petites transactions dispersées, le rapport révèle que près de 90% du volume total, estimé à 10 milliards de dollars par an et échappant encore aux statistiques officielles, repose sur des opérations de grande envergure.
Cette dynamique s’appuie sur des réseaux d’acteurs intermédiaires performants, capables de connecter efficacement les bassins de production aux centres de consommation. À l’horizon 2030, la demande régionale de produits alimentaires pourrait atteindre 480 milliards de dollars américains, contre 126 milliards en 2010. Cette progression impose une amélioration continue de la fluidité des échanges pour éviter des tensions sur l’approvisionnement et les prix.
Lever les barrières non tarifaires, un impératif économique
Si les camions assurent la circulation physique des marchandises, les entraves administratives et informelles en freinent encore la pleine efficacité. Plusieurs études soulignent le poids des barrières non tarifaires, notamment la multiplication des points de contrôle et des prélèvements financiers le long des axes routiers.
Une note du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII), publiée en mai 2023, met en évidence le coût économique de ces pratiques. Leur suppression permettrait aux pays de la CEDEAO de générer près de 19 millions de dollars supplémentaires par an dans la filière maïs, dont 13,4 millions de dollars de profits pour les producteurs. Dans la filière oignon, le gain potentiel atteindrait 48,4 millions de dollars, dont 33,4 millions au bénéfice des producteurs.
Au-delà des chiffres, l’enjeu est celui de la compétitivité et de la sécurité alimentaire. Des flux plus fluides réduisent les coûts de transport, limitent les pertes post-récolte et stabilisent les prix pour les consommateurs urbains.
Des avancées à consolider
Certains pays de la région ont engagé des réformes pour faciliter les échanges et moderniser les corridors commerciaux. Le Bénin figure parmi les États salués pour les efforts consentis en matière de facilitation du commerce, notamment à travers la simplification des procédures, la modernisation des infrastructures portuaires et la digitalisation progressive des formalités.
Des initiatives qui contribuent à réduire les délais et à renforcer la transparence commerciale. Pour autant, la pleine réalisation du potentiel du commerce alimentaire intrarégional suppose une coordination accrue à l’échelle communautaire.
Harmonisation des règles, réduction des contrôles redondants et lutte contre les pratiques illicites constituent des axes d’action prioritaires. Libérer la circulation des denrées des entraves non tarifaires, c’est consolider un marché régional capable de répondre aux besoins alimentaires croissants et de soutenir durablement les revenus des producteurs.