Par Mountaga Diallo
Le pays conserve ainsi, pour la troisième année consécutive, sa position de premier exportateur mondial de ce minerai stratégique pour l’industrie de l’aluminium. Cette dynamique est principalement portée par la Société minière de Boké (SMB), qui a expédié 71.520.908 tonnes, en hausse de 30% sur un an, représentant 39% des volumes nationaux.
Le groupe chinois Chalco affiche également une croissance significative de ses exportations (+53%), tandis que la Compagnie des bauxites de Guinée (CBG) se classe au troisième rang avec une progression estimée à +89%, devant l’Alliance guinéenne de bauxite, d’alumine et d’aluminium (AGB2A/SDM).
Sur le plan économique, les exportations de bauxite ont généré 6.667,2 milliards de francs guinéens (GNF) de recettes en 2025, soit environ 763 millions de dollars, d’après les données compilées par Eco Finance Guinée à partir des statistiques de l’Institut national de la statistique (INS). La Chine demeure le principal marché, absorbant en moyenne 91,4% des volumes exportés sur l’année.
Cette performance intervient dans un contexte où les autorités guinéennes affichent leur volonté de faire évoluer le modèle économique du secteur minier vers une plus forte transformation locale.
À cet effet, deux projets de raffineries d’alumine ont été lancés en 2025 dans la région de Boké. Le premier est porté par le groupe chinois State Power Investment Corporation (SPIC), le second par Winning Consortium Alumina Guinea (WCAG), filiale de la SMB. Selon les autorités minières, leur mise en service est prévue pour 2028, avec une capacité annoncée de 1,2 million de tonnes par an chacune.
D’après les projections officielles, ces infrastructures pourraient générer plus de 12.600 emplois directs, en plus de plusieurs milliers d’emplois indirects, tout en contribuant à l’augmentation des recettes publiques via la fiscalité industrielle et les exportations de produits à plus forte valeur ajoutée.
Sur les marchés internationaux, la demande en aluminium est soutenue par les secteurs des véhicules électriques, des infrastructures énergétiques, de la construction et de l’emballage. Le cabinet Skilling anticipe des prix pouvant atteindre 4.000 dollars la tonne d’ici 2030, puis 4.500 dollars en 2040, ce qui renforce les perspectives de rentabilité pour les pays producteurs.
Toutefois, la montée en puissance de la filière guinéenne reste conditionnée à plusieurs facteurs économiques structurants, notamment la disponibilité d’une énergie électrique fiable, la sécurisation des chaînes logistiques, l’amélioration des capacités portuaires, ainsi que la formation de la main-d’œuvre locale. La stabilité du cadre fiscal et réglementaire constitue également un enjeu majeur pour attirer durablement les investissements dans la transformation industrielle du secteur.