Un rapport du Forum économique mondial insiste sur le potentiel des produits halieutiques, à condition de lever les obstacles structurels qui freinent le secteur.
En Afrique, alors que l’accès aux protéines animales demeure inégal, le poisson peut se présenter comme une réponse pratique aux défis nutritionnels. Moins onéreux que la viande ou les produits laitiers, il reste pourtant sous-exploité dans les politiques alimentaires africaines.
Selon les données de l’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, l’apport quotidien moyen en protéines en Afrique atteint 65 grammes par personne, contre 91 grammes au niveau mondial.
Le déficit annuel est estimé à 13,6 millions de tonnes. Dans son rapport Investing in Blue Foods : Innovation and Partnerships for Impact, publié le 19 janvier 2026, le Forum économique mondial estime qu’un doublement de la production halieutique, actuellement de 13,1 millions de tonnes par an, permettrait d’ajouter environ 3,3 millions de tonnes de protéines supplémentaires aux systèmes alimentaires africains. Ce qui réduirait ainsi d’environ 25% le déficit global.
« Chaque 100 g de produits halieutiques apportent en moyenne 25 g de protéines, soit un ratio supérieur à plusieurs sources animales classiques », rappelle l’organisation. L’argument économique renforce cette perspective. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques, le poisson figure parmi les sources de protéines animales les plus accessibles en Afrique de l’Ouest, loin devant les produits laitiers.
Des contraintes structurelles persistantes
L’équation reste toutefois complexe. La pression sur les ressources naturelles, à savoir : surpêche, pollution, pêche illégale et effets du changement climatique, limite l’expansion de la pêche traditionnelle. L’aquaculture apparaît comme une alternative, mais sa progression demeure inégale. En 2023, la production aquacole africaine atteignait 2,3 millions de tonnes, dont près des deux tiers concentrés en Égypte.
Les freins identifiés sont multiples. L’accès aux intrants, notamment aux aliments pour poissons, renchérit les coûts de production de 10 à 20% par rapport à la moyenne mondiale.
« L’alimentation représente 70 à 80% du coût total, contre environ 60% au niveau mondial », souligne le rapport. La dépendance aux intrants importés, la faiblesse des infrastructures de chaîne du froid et la gestion sanitaire insuffisante aggravent les pertes. Le WEF estime qu’un tiers des “blue foods” produits en Afrique n’atteignent pas les consommateurs.
Valoriser davantage, produire mieux
Au-delà de l’augmentation des volumes, l’amélioration des procédés de transformation constitue un atout. « Jusqu’à 50% du poisson transformé est actuellement perdu. Pourtant, les têtes, arêtes et peaux, souvent écartées, comptent parmi les parties les plus riches en nutriments. Leur valorisation (…) pourrait augmenter significativement la disponibilité en protéines sans pression supplémentaire sur les stocks halieutiques ».
Au regard de ces données, en Afrique, le pari halieutique apparaît comme une option crédible pour réduire le déficit protéique, soutenir les économies locales et renforcer la résilience alimentaire.