Par Fortuné DOTIN
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) s’apprête à opérer une rupture majeure dans la régulation du transport aérien. Selon les directives communiquées début novembre par le président de sa Commission, Omar Alieu Touray, les États membres devront, dès le 1ᵉʳ janvier 2026, abolir l’ensemble des taxes actuellement appliquées sur les billets d’avion et réduire de 25% les redevances passagers et de sécurité. Chaque gouvernement avait jusqu’au 30 novembre pour notifier à l’organisation sous-régionale les mesures légales et réglementaires adoptées afin de rendre la décision opérationnelle.
La suppression annoncée des taxes, qu’il s’agisse de celles prélevées sur les billets, des contributions touristiques ou encore de la taxe de solidarité, répond à un objectif clairement assumé : faire baisser le prix du transport aérien dans une région où la cherté des liaisons demeure un frein structurel. À court terme, la Commission table sur une diminution sensible des tarifs. À moyen terme, elle espère un rebond du trafic passagers, une meilleure compétitivité des compagnies régionales et, plus largement, une relance de la connectivité entre les capitales ouest-africaines.
Pour garantir l’application uniforme de la réforme, un mécanisme régional de surveillance économique du transport aérien sera mis en place. Placé sous la supervision de la Commission, il devra s’assurer que les États respectent leurs engagements et que les compagnies répercutent effectivement la baisse des charges sur leurs grilles tarifaires. « Une fois ces prélèvements supprimés, il sera impératif que les transporteurs ajustent leurs prix », a rappelé Chris Appiah, directeur du Transport au sein de l’organisation.
Au-delà des enjeux économiques, la mesure revêt une dimension politique forte. Dans son courrier, Omar Alieu Touray invite fermement les gouvernements à s’abstenir de créer de nouvelles taxes ou redevances susceptibles de neutraliser l’effet de la réforme. Le président de la Commission, diplomate de formation, insiste sur la nécessité de préserver un cadre cohérent et stable pour favoriser l’intégration régionale, au moment où les échanges intra-communautaires peinent encore à décoller.
La décision marque ainsi une tentative de donner un second souffle au marché aérien ouest-africain. Si sa mise en œuvre effective dépendra des États comme des compagnies, elle pourrait, pour la première fois depuis des années, offrir aux voyageurs de la région des liaisons plus accessibles et redessiner les équilibres économiques d’un secteur aussi stratégique que fragilisé.