Par Carlos DEGBE
Avec près de 40% du PIB de l’UEMOA, la Côte d’Ivoire demeure la principale locomotive économique de la région. Longtemps centrée sur l’agriculture et le cacao, elle amorce une diversification ambitieuse fondée sur les hydrocarbures. Cette stratégie s’inscrit dans un contexte où les États ouest-africains cherchent de nouvelles sources de croissance, face à la volatilité des matières premières agricoles et aux exigences d’industrialisation. L’annonce de découvertes pétrogazières d’envergure et l’intensification des investissements repositionnent le pays comme futur acteur clé du secteur énergétique africain.
Réserves massives, investissements record et production en forte hausse
Selon les déclarations relayées par le groupe d'informations financières et économiques ‘’Bloomberg’’, la production pétrolière ivoirienne pourrait atteindre 200.000 barils/jour en 2027-2028, contre 44.000 b/j en 2024. Ce saut quantitatif repose principalement sur :
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le champ Baleine (2,5 milliards de barils de pétrole et 3.300 milliards de pieds cubes de gaz naturel), opéré par Eni (grande compagnie pétrolière et gazière italienne) avec PETROCI;
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un programme d’investissement de 10 milliards USD d’ici 2027;
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la découverte Calao en 2024 (1 à 1,5 milliard de barils potentiels);
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de nouveaux entrants comme Vaalco Energy et Petrobras, engagés dans des explorations offshore.
Depuis 2011, plus de 1.200 milliards de francs Cfa ont été investis dans la recherche pétrolière et 4.513 milliards de francs Cfa dans l’exploitation, illustrant l’effet d’attraction du cadre réglementaire réformé en 2012.
Entre souveraineté énergétique, croissance et repositionnement continental
La montée en puissance des hydrocarbures peut consolider la sécurité énergétique, soutenir l’industrialisation et diversifier les exportations. Les projections de croissance à 7,2% d’ici 2030 traduisent l’ambition d’un repositionnement économique au-delà du modèle agricole.
Pour l’UEMOA, l’essor ivoirien offre une opportunité de renforcer la production régionale de gaz, essentielle pour l’électricité et l’industrie, tout en consolidant les interconnexions existantes (Ghana, Mali).
Risques et opportunités
Le secteur reste soumis aux cycles internationaux des prix et aux exigences de transition énergétique. La réussite dépendra de la capacité à maintenir la transparence, à gérer les recettes et à préserver l’équilibre entre hydrocarbures et énergies renouvelables.
L’opportunité est cependant significative :
- attirer des capitaux additionnels;
- renforcer la chaîne de valeur locale;
- stimuler l’emploi industriel;
- soutenir les ambitions du pays pour accéder au statut de revenu intermédiaire supérieur.
Tremplin vers un hub énergétique ouest-africain
Si les projets Baleine et Calao tiennent leurs promesses et si les investissements se concrétisent, la Côte d’Ivoire pourrait s’imposer comme un hub énergétique régional, combinant hydrocarbures, barrages hydroélectriques et exportation d’électricité. Cette dynamique renforcerait sa compétitivité structurante et consoliderait son leadership économique au sein de l’UEMOA.