Par Claudia Kenou
L’économie béninoise affiche de solides perspectives de croissance à moyen terme, mais reste exposée à plusieurs risques majeurs pouvant freiner son expansion. Ces incertitudes - qu’elles soient géopolitiques, sécuritaires, climatiques ou financières - exigent une vigilance permanente et des stratégies de résilience renforcées.
En 2024, le Bénin a connu un rebond économique marqué avec une croissance de 7,5%. Selon les prévisions contenues dans le Document de Programmation Budgétaire et Économique Pluriannuelle (DPBEP) 2026-2028, cette dynamique devrait se maintenir jusqu’en 2028. Toutefois, ces projections prennent en compte divers facteurs de risque, tant au niveau mondial que régional et national, susceptibles de perturber cette trajectoire. L’environnement économique mondial demeure incertain, impactant les échanges commerciaux. Le conflit prolongé entre la Russie et l’Ukraine, les tensions croissantes au Moyen-Orient et les perturbations dans des zones stratégiques comme la mer Rouge sont autant de chocs exogènes pouvant affecter le commerce et l’inflation au Bénin.
À cela s’ajoute un durcissement de la politique douanière américaine, marqué par une hausse des droits de douane et des mesures de rétorsion de certains pays. Ces évolutions pourraient ralentir le commerce mondial et accentuer l’inflation, même si le Bénin n’est exposé qu’indirectement. En 2024, les exportations vers les États-Unis représentaient 5,4% du total national contre 0,3% en 2022 et 1% en 2023 (Source: Instad 2025). Ces tensions pourraient réduire la demande globale et impacter la croissance économique nationale. Par ailleurs, la hausse des taux directeurs par les grandes banques centrales dans le cadre de la lutte contre l’inflation a renchéri le coût de l’emprunt à l’international. Cela complique le financement des projets publics et privés dans les pays en développement, y compris le Bénin. Le pays a néanmoins anticipé cette situation en sécurisant ses besoins de financement pour 2025, tout en adoptant une gestion prudente de la dette via l’allongement des maturités, la diversification des instruments et l’élargissement de sa base d’investisseurs.
Risques sécuritaires et géopolitiques
Sur le plan sécuritaire, bien que le Bénin mène une politique active contre l’extrémisme violent, une détérioration de la situation dans le nord ou dans la sous-région pourrait ralentir l’activité économique. D’après la Direction générale de l’économie (DGE), une baisse de 10% des flux touristiques se traduirait par une perte de 0,23 point de croissance et une diminution de 1,53% des recettes fiscales. Plus préoccupant encore, une contraction de 10% des investissements privés entraînerait une baisse de 4,5 points du taux de croissance et de 2,5 points des recettes fiscales.
Les élections générales prévues en 2026 pourraient aussi engendrer une certaine attente chez les investisseurs. Une réduction de 10% des investissements projetés pourrait faire chuter la croissance de 2,4 points. Toutefois, la stabilité institutionnelle et la maturité démocratique du pays constituent des facteurs d’atténuation importants. La situation économique du Nigeria, principal partenaire commercial du Bénin, représente également un facteur de vulnérabilité. Une forte dépréciation du naira ou une hausse des prix du carburant sur les marchés informels peut accentuer les tensions inflationnistes au Bénin et ralentir les échanges commerciaux entre les deux pays.
Le climat : Un facteur difficile à maîtriser
Les aléas climatiques tels que les sécheresses, les inondations, les pluies intenses, les invasions de criquets ou encore la montée du niveau de la mer affectent fortement l’agriculture, pilier de l’économie béninoise. Selon les simulations, une baisse de 10% de la production agricole pourrait réduire la croissance de 2 points et les recettes fiscales de 0,6%, toutes choses égales par ailleurs. Pour faire face à ces risques, le Bénin a mis en place plusieurs dispositifs: un Fonds National de réponse aux Catastrophes (FONCAT), l’intégration du risque climatique dans les projets publics et un plan national d’adaptation et d’atténuation des effets du changement climatique, incluant la maîtrise de l’eau et le développement de semences adaptées.
Une stratégie globale de résilience
Face à ces défis, la résilience économique du Bénin repose sur une politique de diversification des secteurs clés tels que l’agriculture, l’énergie, le numérique ou le tourisme. Cette approche est soutenue par une gestion rigoureuse de la dette et une stratégie d’investissement structurée. Par ailleurs, l’approche sécuritaire du gouvernement associe interventions civiles et militaires, accompagnées de mesures sociales et économiques pour renforcer la cohésion sociale et favoriser le développement local dans les zones vulnérables.