Par Claudia Kenou
Au Bénin, les travailleurs étrangers sont perçus non pas comme une menace, mais comme une ressource bénéfique pour l’économie. Une perception confirmée par la dernière enquête Afrobaromètre, qui soutient la politique du gouvernement visant à faire appel à des compétences étrangères pour soutenir le développement.
Réalisée entre le 29 janvier et le 9 février 2024, l’enquête révèle que 64% des béninois estiment que la présence de travailleurs étrangers est positive pour l’économie nationale. Parmi eux, 46% jugent cet impact «assez bon» et 17% le considèrent «très bon». Ce soutien est plus fort chez les populations les plus modestes (66% contre 57% chez les plus aisés), ce qui montre une reconnaissance du rôle des étrangers dans la création d’emplois, l’innovation et les échanges commerciaux. Malgré cette perception favorable, la majorité des béninois restent prudents sur l’idée d’accueillir davantage d’étrangers: 54% pensent que le pays devrait accueillir moins ou pas du tout de travailleurs étrangers. 52% partagent cette opinion à l’égard des réfugiés. Cependant, la cohabitation quotidienne ne pose pas problème: 89% des citoyens sont favorables ou indifférents à l’idée d’avoir des travailleurs étrangers comme voisins. 88% ressentent la même chose à l’égard des réfugiés. Cette différence entre acceptation sociale et prudence politique traduit une volonté de tirer parti des bénéfices économiques tout en contrôlant les flux migratoires.
Émigration : Une envie en baisse mais toujours présente chez les jeunes
Parallèlement, l’aspiration à l’émigration reste forte, bien qu’en léger recul. En 2024, 40% des béninois ont envisagé de quitter le pays contre 46% en 2017. Le désir d’émigrer est surtout présent chez les jeunes (54%); les personnes instruites (64%); les citadins (48%); les hommes (48%); les populations aisées (52%). En revanche, l’envie d’émigrer est moins marquée chez les personnes âgées (32-35%); les ruraux (43%); les femmes (44%); les personnes moins instruites ou pauvres (37-45%). Les motivations principales des candidats à l’émigration sont la recherche d’emploi (35% en 2024 contre 43% en 2017), les difficultés économiques (28%), la pauvreté (19% en hausse par rapport à 9% en 2017), la recherche d’opportunités d’affaires (6%).
Destinations : Un équilibre entre Afrique et Occident
La moitié des aspirants à l’émigration veulent rester en Afrique, notamment au Nigeria (23%); en Afrique de l’Ouest (16%). L’autre moitié souhaite partir en Europe (20%); en Amérique du Nord (18%). C’est un changement notable par rapport à 2017, où 57% des candidats à l’émigration préféraient rester sur le continent.