Par Claudia Kenou
La Cour de Répression des Infractions économiques et du Terrorisme (CRIET) huit ans après son avènement, est devenue, à tout point de vue, la juridiction béninoise la plus crainte, se référant à l’aspect strict de ses condamnations et à l’aura qu’elle renvoie. Seulement, cette notoriété, cette autorité ainsi que le caractère significatif de ses jugements ne parviennent toujours pas à éradiquer la corruption et les détournements de deniers publics, comme beaucoup l’avaient prédit au début.
Née en juillet 2018, elle est l’une des volontés de Patrice Talon, entérinées au détour des réformes judiciaires. La CRIET, cette juridiction spécialement créée pour connaître des affaires économiques, du terrorisme ou encore des viols sur mineures, a été dès sa mise sur pied un traumatisme pour un certain nombre de béninois. À tort ou à raison ? Énigme ! Mais, ce qu’il convient de retenir de cette Cour est qu’elle a montré, dès ses premières condamnations, un caractère très fort et impitoyable. Ceci, face aux actes de corruption avérées, de terrorisme notoire, de cybercriminalité et surtout de détournement sans précédent de deniers publics.
Réputée pour ses condamnations à 20 ans et plus de prison assorties de plusieurs corollaires, cette crainte de certains citoyens qui n’avaient pas l’habitude d’assister à ces verdicts crus sans ménagements avait ainsi tout son sens. Alors qu’elle a tout le temps été au centre d’une controverse et jugée par une frange de la classe politique comme une juridiction d’exception et de règlement de comptes politiques, elle avait tout de même eu le mérite d’installer cette psychose implicite, quant à des actes jugés peu orthodoxes et moins catholiques, avec les finances publiques.
Après avoir tenu les béninois en haleine pendant plus de sept ans, rien n’a changé pour autant, parlant de ses jugements séculaires et exemplaires. Mais, contrairement à ce que certains avaient instigué, les actes de corruption, de détournement à grande échelle et de crimes économiques n’ont pas pour autant fléchi. Pour preuve, ça continue de défiler à tout instant devant les juges à la Criet, pour des faits de vol massif d’argent public.
Les jugements récents, notamment celui relatif à l’affaire Carlos Adohouannon, l’ex Régisseur de la DGI sont un exemple sans commune mesure de ce que les actes qui convergent vers les crimes économiques ont la peau robuste au sein de l’administration béninoise. Que faire donc? Dans un contexte où les gouvernants mènent des réformes pour pallier un tant soit peu les concours de circonstances débouchant sur ces actes contraires à la loi, il est plus qu’évident que la prévention doit prendre plus de place sur la conséquence. En mettant en place une structure pour prévenir la corruption, en multipliant les séances de sensibilisation et de formation sur comment manipuler les ressources de l’État, l’exécutif béninois ne dort évidemment pas sur ce laurier qu’est la Criet. La nécessité d’aller encore plus loin est de mise.