Par Claudia Kenou
Le mercredi 19 février 2025 a marqué un tournant décisif pour le commerce transfrontalier des produits agricoles entre le Bénin et le Nigéria. La Chambre de Commerce et d'Industrie du Bénin (Cci Bénin) a procédé au lancement officiel du projet de facilitation du commerce agricole dans le cadre du programme régional ECOWAS Agricultural Trade (Eat), une initiative soutenue par la Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) et la Giz, l'agence allemande de coopération internationale. Objectif de ce projet : renforcer les capacités des acteurs du commerce transfrontalier et améliorer les conditions de commercialisation des produits agricoles.
Il s’agit d’un événement d'envergure ayant rassemblé un large éventail de participants, incluant des représentants de la Cedeao, de la Giz, des autorités locales, des acteurs du secteur privé ainsi que des représentants des administrations centrales et des organisations professionnelles. L’enjeu est donc de taille. Selon Christiane Tossou, vice-présidente région de la Cci Bénin, des milliers d’opérateurs économiques béninois et nigérians souffrent quotidiennement des lourdeurs administratives, des frais de contrôle exorbitants et du harcèlement aux postes de douane. Des barrières qui étouffent l’économie locale et freinent l’intégration régionale, alors même que le marché de la Cedeao offre un potentiel de croissance considérable. Ainsi, pour elle, l’importance de ce projet pour le développement économique du Bénin et pour l'intégration régionale n’est plus à démontrer. Tout en saluant l’implication des partenaires clés, notamment la Giz et la Cedeao, dont le soutien technique et financier sera déterminant pour faire de cette initiative une réussite, la vice-présidente région de la Cci Bénin a donc exprimé l’urgence de moderniser les infrastructures et de simplifier les procédures douanières. “De notre position, nous sommes témoins tous les jours, des tracasseries que rencontrent les opérateurs économiques sur ces différents corridors entre le Bénin et le Nigéria. Et nous, nous avons pour objectif assigné par le gouvernement, de défendre les opérateurs économiques”, a-t-elle indiqué. Christiane Tossou, dans son allocution, a également rappelé que l'agriculture béninoise est en pleine expansion et en voie de diversification, ce qui renforce le besoin d'améliorer l'accès aux marchés régionaux, notamment celui de la CEDEAO. Le Nigéria, principal partenaire commercial du Bénin dans ce secteur, représente une opportunité stratégique pour l'écoulement des produits agricoles béninois. Cependant, malgré le potentiel économique significatif des échanges intrarégionaux, ceux-ci restent, a-t-elle précisé, limités par les barrières non tarifaires et les défis logistiques. Grâce à ce projet, poursuit-elle, la Cci Bénin attend de toutes les parties prenantes à savoir les collectivités locales, les organismes aux frontières et les structures de normes de qualité, une collaboration étroite afin de lever les obstacles et garantir un commerce fluide entre le Bénin et le Nigéria, répondant ainsi aux attentes du secteur privé.
Prenant la parole au nom de la Giz et de la Cedeao, Yegbemey Evince, conseiller principal Giz-Eat a souligné que le programme Eat, financé par le gouvernement allemand, couvre six pays de la sous-région dont le Bénin. Le projet se concentre sur trois volets principaux : le renforcement des politiques commerciales régionales, la facilitation des échanges le long des corridors commerciaux et le soutien aux petites et moyennes entreprises (Pme) opérant dans le secteur agricole, y compris celles du secteur informel. Il a également précisé que le choix du Nigéria comme premier pays partenaire pour cette phase pilote découle de son importance stratégique pour le commerce agricole du Bénin. “Cette approche progressive permettra de consolider les acquis avant une éventuelle extension à d'autres pays frontaliers comme le Togo et le Burkina Faso” , a-t-il insisté.
Par ailleurs, le projet Eat repose sur une collaboration étroite entre la Cci Bénin, les collectivités locales, les organismes de contrôle aux frontières et le Comité national de facilitation des échanges du Bénin. Eustache Pomalegni, secrétaire technique du comité, représentant le ministère de l'Industrie et du Commerce, a rappelé l'importance de ce projet pour la mise en œuvre de la politique agricole de la CEDEAO, qui vise à renforcer la sécurité alimentaire et à promouvoir une intégration économique équitable en Afrique de l'Ouest. Pour lui, il s’agit d’une initiative qui permettra de réduire les entraves et d'améliorer le mouvement des marchandises entre le Bénin et le Nigéria. Profitant de l’occasion, il a réitéré l'engagement du gouvernement béninois à accompagner cette initiative. “Le Comité national de facilitation des échanges du Bénin, ne ménagera aucun effort dans l'accompagnement de ce projet pour un commerce fluide au profit des commerçants et acteurs du commerce transfrontalier. Je ne doute pas d'un seul instant de la disponibilité des structures impliquées aussi bien au niveau du commerce transfrontalier que des collectivités locales, fortement représentées ici pour accompagner efficacement cette initiative”. C’est donc sur cette note d’espoir que Eustache Pomalegni, secrétaire technique du Comité national de facilitation des échanges du Bénin, a au nom de la ministre de l’Industrie et du commerce du Bénin, procédé au lancement officiel de la mise en œuvre du projet de facilitation du commerce transfrontalier des produits agricoles entre le Bénin et le Nigeria.
Le pari est audacieux mais l’opportunité est immense. En misant sur un partenariat multisectoriel et un engagement politique fort, le Bénin et le Nigéria ouvrent la voie à une nouvelle ère de croissance économique et de coopération régionale.
Fortuné Dotin