Par Claudia Kenou
Malgré une croissance économique significative dans la zone de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), les conditions de travail de la majorité de la population restent précaires. Selon une étude menée par des chercheurs du Centre de recherches microéconomiques de l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, ce paradoxe persiste, car la croissance économique ne se traduit pas suffisamment par la création d’emplois stables et de qualité.
L’étude, réalisée par Kouadio Clément Kouakou et Vassy Pierre Sangaré, a examiné l’élasticité des emplois non vulnérables par rapport à la croissance économique dans la région sur la période 1996-2021. Elle révèle que près de 80% des emplois sont informels et précaires, sans couverture sociale ni protection contre les risques de santé ou de chômage. Le secteur privé, qui emploie près de 90% des travailleurs de la zone Uemoa, reste en grande partie informel et ne parvient pas à générer un nombre suffisant d’emplois formels et durables.
Faible productivité et insuffisance des compétences
L’étude met en lumière que certains secteurs, comme les services et l’industrie, offrent plus de perspectives pour des emplois formels et stables, en comparaison avec l’agriculture. Cependant, même dans ces secteurs, la qualité des emplois est entravée par une faible productivité et des salaires bas. Le manque de qualification des travailleurs, notamment des jeunes, aggrave cette situation. Environ 60,4% de la population en âge de travailler dans l’Uemoa n’a pas reçu d’éducation formelle, ce qui limite leur capacité à répondre aux exigences du marché du travail. Les chercheurs soulignent que la faiblesse de la productivité est un obstacle majeur à la création d’emplois de qualité. Pour améliorer la situation, ils préconisent des réformes institutionnelles visant à renforcer les secteurs formels et à lutter contre la corruption. Des politiques publiques solides et un cadre législatif favorable sont essentiels pour stimuler la croissance des secteurs productifs formels et favoriser des emplois non vulnérables.
Solutions et recommandations
Pour remédier à cette situation, l’étude recommande de renforcer les investissements dans les secteurs formels à fort potentiel de création d’emplois, de faciliter l’accès au crédit pour les petites entreprises et de promouvoir la formation professionnelle. Il est également crucial de favoriser la formalisation des entreprises pour créer un environnement plus favorable à la création d’emplois stables et bien rémunérés. En outre, l’amélioration de l’éducation et de la formation professionnelle est essentielle pour combler le fossé entre la croissance économique et la qualité des emplois, en particulier pour les jeunes qui sont les plus touchés par la précarité de l’emploi.
L’étude repose sur un modèle économétrique de données de panel à effet aléatoire et a analysé deux principaux effets : l’intensité de l’emploi généré par l’activité économique et la quantité d’emplois créés. Elle met en évidence la nécessité de réformes structurelles pour transformer la croissance économique en opportunités d’emplois stables et rémunérateurs pour la population de la zone Uemoa.