Par Claudia Kenou
Serginot Lissassi - Expert Intelligence Économique
Le Bénin, petit pays d’Afrique de l’Ouest, connaît une période de croissance économique dynamique, soutenue par un optimisme croissant et une augmentation significative des investissements en capital-investissement (private equity). Le Bénin bénéficie d’une stabilité politique et économique qui attire les investisseurs internationaux. Le gouvernement béninois, sous la direction de Patrice Talon, a mis en place des réformes économiques ambitieuses visant à améliorer le climat des affaires et à encourager les investissements étrangers. Ces efforts ont porté leurs fruits, avec une croissance du PIB projetée à 6,8% en 2025. Un acteur clé dans cette dynamique est le secteur bancaire, qui joue un rôle crucial dans le financement et le soutien des projets de développement.
L’afflux massif de capitaux au Bénin témoigne indubitablement de la renaissance du Private Equity ces dernières années. Plusieurs fonds majeurs de capital-investissement ont réalisé des investissements substantiels au Bénin, contribuant ainsi à son essor économique. Voici quelques exemples notables:
• La Banque Européenne d’Investissement (BEI): Institution financière de l’Union européenne, créée en 1958 par le Traité de Rome. Depuis sa création, la BEI a joué un rôle crucial dans le financement de projets visant à promouvoir le développement économique et social en Europe et au-delà. La BEI se positionne comme l’un des principaux bailleurs de fonds au Bénin, avec un engagement de 86,59 milliards de francs Cfa (environ 132 millions d’euros) en 2024. Ces capitaux sont principalement alloués à des projets d’infrastructures et de développement durable.
• La coopération entre la Banque Africaine de Développement (BAD) et le Bénin remonte à 1972. Depuis lors, la BAD a joué un rôle crucial dans le financement de divers projets visant à soutenir le développement économique et social du pays. En 2024 la BAD a investi 83,47 milliards de francs Cfa (environ 127 millions d’euros) dans divers projets au Bénin. Ces investissements couvrent des secteurs stratégiques tels que l’énergie, les transports et l’agriculture.
• Natixis, créée en 2006, est spécialisée dans l’épargne salariale, la retraite, l’investissement socialement responsable, ainsi que dans des solutions patrimoniales telles que l’assurance vie et le private equity. Son rôle dans le financement du développement économique du Bénin illustre l’implication croissante des institutions financières internationales dans la structuration des investissements publics et privés du pays. Cet établissement financier français a engagé 78,72 milliards de francs Cfa (environ 120 millions d’euros) au Bénin. Un exemple spécifique est le financement de 24,5 milliards de francs Cfa pour le Port Autonome de Cotonou, un acteur clé de l’économie nationale.
• La Banque Arabe de Développement Économique en Afrique (BADEA) a octroyé 59,54 milliards de francs Cfa pour soutenir divers projets de développement au Bénin en 2024. En 2025, ce soutien a été renforcé avec une allocation supplémentaire de 65 milliards de francs Cfa, visant à financer des projets d’infrastructure et de développement durable.
• Agence Française de Développement (AFD): L’Agence Française de Développement (AFD) a contribué à hauteur de 34,11 milliards de francs Cfa en 2024, soutenant des initiatives dans les domaines de l’éducation, de la santé et des infrastructures. En 2025, l’AFD a augmenté son engagement à 40 milliards de francs Cfa, mettant l’accent sur la promotion de l’éducation de qualité, le développement d’une agriculture durable et l’amélioration de l’accès à l’énergie. Ces investissements illustrent la confiance des grands fonds de private equity dans le potentiel économique du Bénin et leur volonté de soutenir des projets de grande envergure. Ils jouent un rôle crucial dans le développement des infrastructures, la création d’emplois et la stimulation de la croissance économique.
La contribution du secteur bancaire
Le secteur bancaire béninois est un pilier essentiel de la croissance économique du pays. Les banques locales et internationales présentes au Bénin offrent des services financiers variés qui facilitent les investissements en capital-investissement. Dans cette dynamique, plusieurs banques béninoises, telles que la Bank of Africa (BOA), Ecobank et Orabank, ont établi des partenariats stratégiques avec des fonds de private equity.
• En 2025, la Banque Internationale pour l’Industrie et le Commerce (BIIC) et l’African Guarantee Fund (AGF) ont renforcé leur partenariat en portant leur ligne de garantie à 15 milliards de francs Cfa sur cinq ans, afin de faciliter l’accès au financement pour les PME béninoises, notamment celles dirigées par des femmes. Ce soutien a permis d’accorder près de 18 milliards de francs Cfa en prêts à 112 entreprises, avec un portefeuille actif de 10 milliards de francs Cfa, tout en intégrant un appui technique d’AGF pour renforcer les capacités de la BIIC en matière de financement inclusif.
• La Bank of Africa (BOA) renforce son positionnement stratégique dans le financement du secteur privé au Bénin, notamment à travers le capital-investissement. Ce virage est soutenu par la présence au sein de son conseil d’administration de deux expertes reconnues du private equity, Ngozi Edozien et Laureen Kouassi-Olsson, nommées en 2023. Leur expertise contribue à orienter la banque vers des partenariats innovants et structurants. Cette dynamique s’est concrétisée récemment par la signature, le 12 mai 2025, d’un accord de garantie de 15 millions d’euros (environ 9,75 milliards de francs Cfa) entre la BOA et la Banque africaine de développement (BAD). Cette facilité vise à soutenir les opérations de financement du commerce, en particulier les importations d’équipements, d’intrants industriels et de produits essentiels, tout en ciblant les PME, y compris celles dirigées par des femmes.
• Ecobank, le principal groupe bancaire panafricain et African Guarantee Fund (AGF), une institution panafricaine spécialisée dans l’octroi de garanties, ont uni leurs forces dans le cadre d’un accord novateur de partage des risques d’un montant de 200 millions USD. Cet accord vise à stimuler la croissance économique et à soutenir les entreprises, notamment les PME détenues par des femmes, sur le continent. Il s’agit du plus grand mécanisme de garantie en Afrique subsaharienne. Les PME des 27 marchés africains dans lesquels opère Ecobank dont le Bénin, bénéficient de ce partenariat.
• Le Groupe African Guarantee Fund et le Groupe Orabank ont renforcé leur partenariat dédié aux PME à hauteur de 100 millions USD. Ce partenariat vise à augmenter les capacités de financement des PME et inclut également des initiatives pour soutenir l’entrepreneuriat féminin et les projets verts. Ainsi, le secteur bancaire béninois, en collaboration avec des institutions régionales et internationales, continue de jouer un rôle déterminant dans la transformation économique du pays, en favorisant l’innovation, la résilience et la prospérité.
Opportunités, défis et perspectives
Les fonds de Private Equity dominent le financement des infrastructures en Afrique, profitant des contraintes réglementaires qui limitent les investissements des grandes banques. En 2024, les besoins annuels de financement d’infrastructures en Afrique ont été estimés à environ 150 milliards de dollars. Les projets d’infrastructure continuent de croître, avec des initiatives d’une valeur de 160 milliards de dollars prévues pour 2025. Le secteur des télécommunications est un autre moteur de croissance pour le Private Equity en Afrique. En 2024, le Bénin comptait environ 17,3 millions d’abonnés mobiles actifs et la transformation numérique devrait ajouter 1.200 milliards de francs Cfa au PIB béninois d’ici 2028.
Le dynamisme économique du Bénin offre de nombreuses opportunités pour les investisseurs en capital-investissement. Les secteurs clés tels que l’agriculture, les infrastructures et les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont particulièrement attractifs. L’optimisme économique au Bénin est soutenu par des initiatives gouvernementales visant à renforcer le capital humain, à transformer l’économie et à gérer durablement l’environnement. Les investissements dans les infrastructures, les projets sociaux et environnementaux ainsi que les partenariats avec le secteur privé, sont essentiels pour maintenir cette dynamique de croissance.