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Wadagni-Talata 2026 : Lire au-delà des annonces et comprendre l’architecture économique implicite du programme

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Par Imeldus Turibis Nvekounou

Un programme de société se lit généralement de deux manières : la première, qui est aussi la plus immédiate, consiste à inventorier les promesses qu’il porte, ses secteurs et ses mesures. La seconde manière, certes un peu plus exigeante, consiste à en reconstituer la logique profonde.

C’est cette seconde lecture que nous voudrions faire ici. Car au-delà des annonces, le programme présenté par le Candidat Romuald Wadagni dessine une architecture économique qu’il faut faire apparaître, reconstituer, et lire à cette profondeur : celle du passage d’un cycle de redressement et d’investissement public à un cycle de diffusion territoriale, de densification productive et de montée en puissance d’un secteur.

Lu rapidement, on peut être tenté de relever du social, de l’équipement, du numérique, de la sécurité et quelques instruments économiques. Lu plus attentivement, on peut voir émerger tout autre chose : l’idée qu’après une décennie de remise en ordre macroéconomique, d’investissements publics et de reconstruction de la crédibilité de l’État, le Bénin pourrait entrer dans une phase où l’enjeu ne serait plus seulement de croître, mais de diffuser ses capacités productives, de territorialiser les opportunités et de faire du secteur privé national un agent plus dense de transformation. C’est justement à ce point de bascule que le programme prend sa véritable portée

Ce que le programme annonce explicitement : une seconde étape de l’État béninois

La charpente que le document dessine est, au fond, assez claire. La décennie 2016-2025 y apparaît comme celle du redressement, de la reconstruction des fondamentaux et de la création de conditions macroéconomiques plus favorables ; la période 2026-2033 serait celle d’une dynamique complémentaire, fondée sur six pôles de développement territorial, un rôle accru du secteur privé et l’usage transversal de la technologie.

Le cœur de cette bascule tient dans une formule simple : passer d’une croissance nationale forte à un développement plus dense de chaque territoire, avec, pour chaque pôle, une combinaison d’industrie, de tourisme, d’innovation et de spécialisation productive, soutenue par un socle commun d’infrastructures, de capital humain, de tissu PME et d’incitations à l’investissement.

C’est là que le programme mérite d’être lu au second degré. Beaucoup d’États savent bâtir, financer ou stabiliser. Beaucoup moins savent convertir cette accumulation de capacités publiques en un système de propagation de l’activité privée. Or c’est précisément ce que ce texte semble vouloir engager. Il ne propose pas seulement davantage d’État ; il laisse entrevoir un État qui chercherait à devenir organisateur de complémentarités.

Le point décisif n’est donc pas l’infrastructure en soi, mais sa fonction de vecteur de mise en relation : entre bassins de production et unités de transformation, entre compétences et emplois, entre territoires et marchés, entre données et financeurs. Dans une économie comme celle du Bénin, où la transformation structurelle dépend encore largement de la capacité à réduire les coûts de coordination, ce déplacement est majeur.

Ce que le programme reconfigure implicitement dans la relation État - secteur privé

Le Programme du Candidat installe profondément, la manière dont l’action publique et l’initiative privée sont appelées à se rencontrer dans les années à venir. Il est lisiblement favorable aux entreprises au sens classique du terme. Mais il fait plus : il recompose l’espace même dans lequel marchés, territoires, puissance publique et opérateurs économiques interagissent. Ne nous y trompons pas ; ce Programme est encore plus pro-business qu’il n’en a l’air.

Non parce qu’il adopterait une rhétorique de marché simpliste, ni parce qu’il céderait à une vision clientéliste de l’entreprise. Il l’est d’une manière plus exigeante : en cherchant à fabriquer des environnements d’activité, des chaînes d’interdépendance, des supports de demande, des infrastructures de coordination et des espaces de projection pour les opérateurs économiques. 

L’entreprise n’y apparaît plus seulement comme un bénéficiaire d’un meilleur climat des affaires ; elle est implicitement appelée à devenir un agent de mise en valeur des ouvertures créées par les politiques et l’action publiques.

Cette perspective corrige une faiblesse fréquente des politiques publiques dans nos pays africains : l’idée qu’il suffirait d’investir d’un côté, de réformer de l’autre, puis d’attendre que le secteur privé s’ajuste presque spontanément. Or cette jonction ne se fait jamais seule. Entre l’infrastructure et l’investissement, entre la réforme et la productivité, entre la politique sociale et la structuration des marchés, il faut des mécanismes de passage. C’est précisément ce type de passage que le programme semble vouloir instituer.

La théorie implicite de la création de richesse : relier, densifier, spécialiser et projeter

Ce qui donne à ce programme son intérêt économique particulier, c’est qu’il porte, en creux, une certaine idée de la manière dont la richesse se forme dans une économie comme celle du Bénin. Cette idée ou une intuition que la richesse naît lorsque l’économie parvient à épaissir ses liens, ses interconnexions, à rendre ses territoires plus productifs, à transformer des besoins diffus en marchés lisibles, et à faire émerger autour d’infrastructures, de services et de politiques publiques, des chaînes d’activité plus denses et plus fécondes ; une théorie de la richesse en quatre verbes : RELIER, DENSIFIER, SPECIALISER, PROJETER. Et cela rend la lecture encore plus captivante intellectuellement.

Relier, d’abord ; parce qu’il traite la question des articulations, en rapprochant les lieux de production des lieux de transformation, les compétences des usages, les plateformes publiques des opérateurs privés, les territoires des marchés, les infrastructures des flux économiques qu’elles sont censées soutenir.

Densifier, ensuite ; parce qu’une économie se transforme surtout lorsqu’elle produit plus d’épaisseur autour de chaque activité. Ce que ce Programme envisage, au-delà d’étendre l’activité sur le territoire, c’est de donner davantage de profondeur de marché.

Spécialiser, également ; en ce sens que vouloir tout faire partout conduit souvent à disperser les moyens, à affaiblir les effets de concentration et à produire une géographie du développement sans densité réelle.

Projeter, enfin ; parce que la richesse durable vient de la capacité à se brancher sur des marchés plus vastes, à élever ses standards, à attirer ou structurer du capital patient, à exporter, à sous-traiter, à substituer certaines importations, à rendre ses entreprises capables de franchir des seuils. Dans son Programme, le Candidat traduit la création de richesse comme une conquête de profondeur, de compétitivité et d’échelle ; plutôt qu’un phénomène passif.

On retrouve dans ce Programme, de manière sous-jacente, une intuition que l’Economiste Albert O. Hirschman avait formulée avec une grande finesse : les économies se développent moins par l’application abstraite d’un modèle complet que par l’activation progressive de liaisons, de déséquilibres féconds et de mécanismes qui obligent les acteurs à révéler des capacités jusque-là dispersées ou dormantes.

Le point décisif devient alors de créer des enchaînements suffisamment puissants pour que l’investissement, l’apprentissage, l’adaptation et la coordination produisent, de proche en proche, un système économique plus dense.

Ce que cette architecture change concrètement pour les entreprises béninoises

L’effet le plus important que produira les actions de ce Programme sur les entreprises béninoises tient au changement de terrain économique qu’il annonce. Pour les entreprises béninoises, cela signifie d’abord une chose essentielle : la rente de simple présence sur le marché devrait continuer à s’éroder. Dans un environnement plus structuré, plus territorialisé et plus connecté, il deviendra plus difficile de croître durablement en restant faiblement organisé, faiblement traçable ou faiblement différencié.

Les entreprises qui capteront le mieux les nouvelles opportunités seront celles qui sauront se rendre lisibles, fiables, raccordables et capables d’exécution. La vraie ligne de partage sera celle entre les entreprises préparées et les entreprises non préparées. Une fois de plus, cette nouvelle architecture va favoriser davantage les PME capables de passer d’une logique de survie à une logique de positionnement ; les entreprises aptes à se spécialiser dans un segment de chaîne de valeur, les opérateurs qui liront les territoires comme des systèmes d’opportunités différenciées, et les acteurs capables de nouer des alliances commerciales, technologiques ou capitalistiques.

Ce que cette architecture ouvre pour les investisseurs, les partenaires techniques et financiers, et les opérateurs internationaux

Pour les investisseurs, les partenaires techniques et financiers, comme pour les opérateurs internationaux, l’intérêt du programme tient à la possibilité de lire, derrière les annonces, une géographie plus nette des points d’entrée économiques

Pour les investisseurs privés, cette architecture ouvre potentiellement trois espaces : des investissements directement productifs, des activités d’intermédiation et d’accompagnement, et des partenariats avec des acteurs locaux appelés à monter en taille, en standard ou en spécialisation. Pour les partenaires techniques et financiers, elle permet de sortir de l’opposition stérile entre appui social et appui économique, en montrant comment des politiques publiques peuvent, simultanément, protéger, solvabiliser, réduire le risque et structurer des marchés.

Quant aux opérateurs internationaux, ils peuvent y lire moins un simple marché à adresser qu’un espace où il faudra s’arrimer intelligemment, en apportant capital, technologie, savoir-faire ou capacité d’exécution là où ces apports renforcent réellement des dynamiques locales.

Exhortation 

La question décisive aujourd’hui, se pose pour nous tous en termes d’alignement du secteur privé national sur cette nouvelle architecture qui se dessine. Car une politique publique aura beau ouvrir des corridors, structurer des plateformes, réduire des frictions, organiser des pôles, rendre les marchés plus lisibles.

Mais la vitesse avec laquelle ces ouvertures se convertiront en puissance économique dépendra, pour une large part, de la capacité des entreprises béninoises à se préparer, à se spécialiser, à se structurer et à changer d’échelle. Le nœud ou la clé d’activation de la prochaine dynamique de développement de notre pays se trouvera dans la rapidité avec laquelle l’appareil productif national (les entreprises de toutes tailles, les porteurs d’idées, les investisseurs) saura se hisser au niveau des opportunités qui s’ouvrent.

C’est en cela que ce programme change réellement la donne. Il déplace définitivement le centre de gravité du débat. Il change la direction de la question à laquelle chacun doit trouver une partie de la réponse…

Au moment où se termine la ferveur de la campagne, nous sommes appelés à reprendre la lecture du Programme du Candidat WADAGNI ; et y saisir l’invitation stratégique qu’il adresse à tous les acteurs économiques du pays et à leurs partenaires.

Aux entreprises, il dit avec insistance : le terrain change, élevez votre niveau de jeu. Aux investisseurs, il dit : les points d’entrée deviennent encore plus lisibles, regardez le Bénin autrement. Aux partenaires techniques et financiers, il dit : voici un espace où vos appuis vont pouvoir davantage structurer que compenser. Et aux opérateurs internationaux, ce document dit clairement : l’enjeu n’est plus seulement d’entrer sur un marché, mais de s’arrimer à une dynamique de transformation. Au fond, ce Programme comporte un message pour chacun. Et chacun doit pouvoir le trouver.

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