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Politique budgétaire au Bénin : impacts de la crise sociopolitique des États du Sahel

La crise sociopolitique dans les États du Sahel est complexe et multidimensionnelle, résultant d’une combinaison de facteurs tels que la pauvreté, les tensions ethniques, les défis économiques et l’instabilité régionale. Que ce soit au Niger, au Mali et au Burkina-Faso, les défis liés à l’insécurité alimentaire et à la pression démographique, cumulés aux attaques terroristes des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique au Niger, des rébellions touarègues au Mali depuis 2012 et du groupe terroriste Ansarul Islam, appuyé par le groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans au Burkina-Faso, ont occasionné des déplacements massifs de populations et mis à mal les services sociaux de base.

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Politique budgétaire au Bénin : impacts de la crise sociopolitique des États du Sahel

La crise sociopolitique dans les États du Sahel est complexe et multidimensionnelle, résultant d’une combinaison de facteurs tels que la pauvreté, les tensions ethniques, les défis économiques et l’instabilité régionale. Que ce soit au Niger, au Mali et au Burkina-Faso, les défis liés à l’insécurité alimentaire et à la pression démographique, cumulés aux attaques terroristes des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique au Niger, des rébellions touarègues au Mali depuis 2012 et du groupe terroriste Ansarul Islam, appuyé par le groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans au Burkina-Faso, ont occasionné des déplacements massifs de populations et mis à mal les services sociaux de base.

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Par Harry Orekan

Franck Ayihonsi - Expert, spécialiste en gestion des politiques économiques

Extrait du webzine «LE TRESOR» de la Direction Générale du Trésor et de la Comptabilité Publique du Bénin.

La crise sociopolitique dans les États du Sahel est complexe et multidimensionnelle, résultant d’une combinaison de facteurs tels que la pauvreté, les tensions ethniques, les défis économiques et l’instabilité régionale. Que ce soit au Niger, au Mali et au Burkina-Faso, les défis liés à l’insécurité alimentaire et à la pression démographique, cumulés aux attaques terroristes des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique au Niger, des rébellions touarègues au Mali depuis 2012 et du groupe terroriste Ansarul Islam, appuyé par le groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans au Burkina-Faso, ont occasionné des déplacements massifs de populations et mis à mal les services sociaux de base.

Dans l’ensemble, ces crises sont interconnectées, puisque les groupes terroristes opèrent de manière transfrontalière et la situation sociopolitique complexe de chaque pays a des répercussions sur la stabilité régionale. Ce contexte a débouché sur des coups d’État militaires dans chacun de ces pays. Étant tous membres fondateurs à la fois de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) et de la Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), cette situation dans le Sahel a entraîné de la part de ces organisations et de l’Union Africaine (UA), une série de sanctions, tant politiques qu’économiques. Le 28 janvier 2024, ces trois (03) pays en crise d’ordre constitutionnel ont décidé de quitter la CEDEAO avec des objectifs de nouveaux partenariats économiques et militaires des dirigeants actuels.

Les arguments évoqués par l’ensemble de ces trois (03) pays à l’égard de la CEDEAO traduisent un sentiment d’éloignement vis-à-vis de la vision panafricaniste des pères fondateurs, une forte présence des puissances étrangères et un sentiment d’abandon dans leur lutte contre le terrorisme, exacerbé par l’imposition de sanctions qu’ils qualifient «d’illégales, illégitimes, inhumaines et irresponsables» (Communiqué Conjoint AES, 2024). Face à ces arguments, la CEDEAO ne reproche à ces pays que leur instabilité politique qui s’est traduite par la prise de pouvoir des militaires. Les sanctions économiques et les blocus commerciaux imposés ont eu un impact significatif sur l’économie de ces pays, augmentant la crise alimentaire et sanitaire (Sissoko & Dembélé, 2023).

En effet, ces États, tous enclavés, ont subi des difficultés économiques majeures, alors qu’ils jouent un rôle non négligeable dans le commerce sous-régional et régional. La persistance de la crise dans ces États qui a conduit à leur retrait sans délai de la CEDEAO, a indubitablement des répercussions sur les autres États membres en général et sur les pays limitrophes dont le Bénin en particulier. Quels sont donc les impacts de cette crise géopolitique sur la politique budgétaire au Bénin ? A travers cet article, nous allons exposer ces impacts puis énumérer quelques recommandations de politique économique.

Des impacts de la crise sociopolitique au Sahel sur la politique budgétaire au Bénin

La crise sociopolitique et le retrait des États du Sahel pourraient avoir des conséquences négatives sur le commerce, les investissements, les infrastructures, les projets communs et la monnaie unique de la CEDEAO. Ils pourraient également entraîner des pertes de revenus, des hausses de prix, des difficultés d’accès aux marchés et aux ressources, et des risques de rétorsion ou de sanctions de la part des pays restants. En effet, la CEDEAO perd une partie de son marché et de son potentiel de croissance, ainsi que de ses opportunités de coopération économique. Les échanges commerciaux, les investissements, les infrastructures, les projets communs et la monnaie unique de la CEDEAO sont menacés par cette crise et cette rupture. Selon les statistiques de la CEDEAO, le commerce intra-communautaire représentait 15,5% du commerce total de la région en 2020, avec une valeur de 34,6 milliards de dollars. Les États du Sahel contribuaient à hauteur de 2,4 milliards de dollars, soit 7% du commerce intra- communautaire. (Luc KOUASSI, 2024)

En nous inspirant de l’étude réalisée par SISSOKO, E. F., GUINDO, L. A., & TRAORE, A. L. (2024), sur l’économie post-CEDEAO, ce papier analyse les impacts de la crise sociopolitique au Sahel et du retrait de ces pays en reposant sur un ensemble de théories économiques que sont la théorie de la dépendance, la théorie de l’Interdépendance et la théorie du Néo-Réalisme.

La théorie de la dépendance (Frank, 1967)

Elle explore les dynamiques de pouvoir entre pays développés et en développement, offrant un cadre pour examiner l’impact du retrait sur les relations économiques des trois pays en crise avec le monde extérieur et leur positionnement dans l’économie mondiale. Elle permet d’analyser comment la dépendance économique et politique peut influencer les décisions de politique étrangère et économique.

La théorie de l’Interdépendance Complexe (Keohane et Nye, 1977)

Cette approche met en lumière la manière dont les États sont liés par des réseaux économiques et politiques multiples et interdépendants. Elle est essentielle pour analyser les répercussions du retrait sur les relations interétatiques et les dynamiques de pouvoir dans un monde globalisé, où les actions d’un État ont des conséquences bien au-delà de ses frontières.

La théorie du Néo-Réalisme (Waltz, 1979) 

Ce cadre souligne la quête des États pour le pouvoir et la sécurité dans un système international anarchique. Elle aide à comprendre les motivations des pays de l’AES à se retirer de la CEDEAO dans le but de préserver leur autonomie et de poursuivre leurs intérêts stratégiques propres, notamment face à des défis de sécurité régionaux et à des pressions politiques internes et externes. Le dictionnaire encyclopédique économique définit la politique budgétaire comme étant «l’ensemble des mesures qu’un gouvernement peut prendre et qui ont des conséquences sur le niveau et la composition de ses recettes et de ses dépenses». Elle englobe la politique de dépenses et la politique fiscale tout en tenant compte des soldes budgétaires. Trois orientations principales peuvent être don- nées à la politique budgétaire: une politique expansionniste, une politique de rigueur budgétaire ou la poursuite d’un objectif de cohésion sociale.

En temps de crises, au plan national comme régional, et pour en mitiger les effets majeurs, la politique budgétaire d’un État peut prendre toute une autre forme. Dans le cas d’espèce, le Bénin, bien que ne faisant pas partie de la région sahélienne, ressent des impacts indirects de la crise sociopolitique dans cette région, bien avant ses évolutions récentes, en raison de sa proximité géographique et des liens économiques séculaires et sécuritaires régionaux. Les impacts de cette crise peuvent s’appréhender sous un angle réel et ou potentiel.

Impacts réels

La crise sociopolitique dans les États du Sahel, cumulée à leur retrait de la CEDEAO présentent des défis économiques considérables susceptibles de redéfinir le système économique de la région ouest africaine. Cette situation perturbe le commerce et les investissements régionaux. Sur les plans monétaire et fiscal, chaque pays doit désormais faire face à un environnement économique mondial incertain de manière autonome. Ces ajustements auront un impact significatif sur les finances publiques, mettant les budgets nationaux sous une pression supplémentaire et exigeant des réponses stratégiques. À ce titre, au Bénin on peut noter comme impacts réels:

L’augmentation des dépenses de sécurité

En raison de l’instabilité et de la menace terroriste, le Bénin a dû renforcer ses capacités de sécurité, augmentant ainsi les dépenses allouées à la défense et à la sécurité intérieure pour faire face aux risques potentiels de la crise sahélienne. Pour le compte de la gestion 2024 par exemple, le projet de budget du Ministère de l’intérieur et de la sécurité publique connaît une augmentation de 12 milliards 824 millions 380 mille francs Cfa par rapport à celui de 2023, correspondant à un taux de 19,96%. Celui du Ministère de la défense nationale, quant à lui, connait une augmentation de 7,37% comparativement à celui de l’année 2023. À travers cette augmentation, le Bénin vise le renforcement des effectifs militaires, l’acquisition d’équipement militaire, l’organisation d’opérations militaires et contre-terroristes, la sécurisation des frontières, le développement des capacités de renseignement et plus globalement le soutien aux forces de sécurité. À ce titre, plusieurs décisions ont d’ailleurs été prises pour soulager les soldats blessés et les familles de ces derniers en cas de décès au front.

Les pressions sur les dépenses sociales

Les ressources budgétaires limitées pourraient être réaffectées en faveur des dépenses de sécurité, au détriment des secteurs sociaux tels que l’éducation, la santé et les services sociaux. Cela pourrait affecter les programmes visant à améliorer le bien-être de la population.

Les fluctuations économiques 

Pour les États du Sahel, le Bénin représente une des ouvertures sur la mer, facilitant ainsi les échanges commerciaux de cette région avec le reste du monde. D’après les chiffres de l’INStaD, en 2023, le Mali, le Niger et le Burkina Faso font partie des dix principaux partenaires du Bénin en termes d’exportation et d’importation au sein de la CEDEAO.

Conséquences probables

La disparition des avantages liés au Tarif Extérieur Commun (TEC) va aussi impacter les activités commerciales et par ricochet la fiscalité de l’ensemble des pays, car l’incertitude et les risques augmentent, dissuadant les investissements et perturbant les chaînes d’approvisionnement. Concernant les projets de développement, leur retard ou annulation va priver les pays de financements essentiels surtout si ces financements étaient destinés à l’ensemble de la sous-région. Au titre des impacts potentiels, ils sont soit visibles soit sous-jacents. On peut citer au Bénin:

Les pressions sur les recettes fiscales

Pour compenser les pertes de ressources liées à la crise sociopolitique dans le Sahel, les pays limitrophes en général et le Bénin en particulier, auront tendance à rechercher des gisements de recettes de substitution. Si cette option n’est pas concluante, les pays limitrophes pourraient se tourner vers l’endettement ce qui pourrait agir à la hausse sur les déficits.

La migration et les réfugiés

En cas d’aggravation de la crise au Sahel, le Bénin pourrait être confronté à des défis liés à la migration et à l’afflux éventuel de réfugiés en provenance des zones touchées. Il faut noter qu’en 2020 les États du Sahel comptaient 82,4 millions d’habitants, soit 20,7% de la population de la CEDEAO. Les principaux flux migratoires dans la région concernaient les travailleurs, les réfugiés, les étudiants, les commerçants et les touristes. Cela pourrait nécessiter des ajustements budgétaires pour répondre aux besoins humanitaires et de sécurité. Les communes frontalières pourraient bénéficier de subventions dans ce sens en cas de survenance de grosses vagues de migration.

La dépendance de l’aide internationale 

La situation au Sahel pourrait conduire à une augmentation de l’aide internationale dans la région, notamment aux pays limitrophes.

Les effets sur l’investissement étranger  

L’instabilité dans le Sahel peut dissuader les investissements étrangers, car ne sachant pas si cette crise va s’étendre au Bénin ou ailleurs dans la zone, ce qui peut impacter négativement la croissance économique. Une croissance économique plus faible peut à son tour influencer la capacité du gouvernement à mobiliser des ressources internes pour le budget.

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