Par Claudia Kenou
Dans le cadre du Benin Investment Forum 2025, une conversation de haut niveau s’est tenue vendredi 9 mai 2025 au Sofitel Cotonou, sous l’égide du Centre d’excellence pour la finance durable en Afrique. Portée par le thème «Intégration des critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) dans les entreprises au Bénin», cette session a rassemblé des experts, des investisseurs et des acteurs du secteur privé autour d’un enjeu devenu central dans les stratégies de financement et de développement: l’investissement responsable.
Organisée par la Société financière internationale (IFC), bras privé du groupe Banque mondiale, cette rencontre vient traduire la montée en puissance d’une conviction: l’avenir des entreprises passe par l’investissement responsable. «Le Bénin est un participant actif du centre lancé en septembre 2024. À travers ce panel, nous avons voulu stimuler un dialogue multi-acteurs (secteur privé, structures publiques, ONG, investisseurs) pour dresser un état des lieux et montrer comment les entreprises peuvent tirer avantage des critères ESG», a d’emblée posé Vincent Arthur Floreani, responsable pays de l’IFC pour le Bénin.
Derrière le sigle ESG se dessine une refondation silencieuse mais radicale des pratiques d’affaires: gouvernance d’entreprise, équité sociale, empreinte environnementale. Autant de leviers devenus incontournables dans les décisions d’investissement. En effet, pour l’IFC et ses partenaires, il s’agit d’aider les entreprises à prendre le virage de l’investissement d’impact. «Le marché international, aujourd’hui, ne veut plus simplement des produits compétitifs. Il exige qu’ils soient durables, traçables, respectueux de l’environnement et des droits humains. Les entreprises béninoises n’ont plus le choix», a insisté Lucrèce Nlend Nkott, agroéconomiste et consultante en développement des affaires.
Au cœur des échanges, les interventions des panélistes ont mis en lumière les défis et les opportunités liés à l’ESG. Philippe Akpaki, directeur régional pour l’Afrique de l’Ouest à l’Aefc, a souligné le rôle incitatif de ces critères pour l’accès au financement. «Aujourd’hui, une entreprise qui veut séduire un investisseur institutionnel ou un fonds international doit démontrer comment elle gère ses risques ESG. Ce n’est plus un bonus, c’est une condition d’entrée». Même constat du côté de Melvine Ahouissoussi, experte en énergie. Pour elle, «intégrer l’ESG n’est pas un coût mais un investissement. On constate que les entreprises qui adoptent ces critères sont plus résilientes, plus transparentes, mieux notées et donc mieux financées».
Christelle Gnidehoue, responsable Rse à la CDC Bénin, a quant à elle mis l’accent sur les bénéfices tangibles et stratégiques de l’ESG. «Une entreprise qui fait de l’ESG une culture, gagne la confiance de ses partenaires, attire des talents jeunes et engagés et bâtit une marque forte. C’est une dynamique de création de valeur à long terme». Elle a cependant regretté l’absence d’un cadre réglementaire national spécifique. «Au Bénin, comme ailleurs en Afrique de l’Ouest, il n’existe pas encore de loi-cadre sur les critères ESG. Nous devons aller au-delà des textes généraux pour bâtir une réglementation claire, adaptée et incitative».
Le débat s’est animé en séance de questions-réponses. Juristes, entrepreneurs, investisseurs s’accordent. L'absence d’un cadre réglementaire freine l’alignement systémique. «Sans cadre national, les efforts restent épars, volontaristes, souvent réservés à quelques entreprises pionnières. Une loi-cadre donnerait une direction claire et encouragerait la généralisation des bonnes pratiques», a résumé Philippe Akpaki. Il appelle à l’adoption d’un socle juridique qui donne une direction claire et sécurise les engagements. Bref, le centre d’excellence entend répondre à ce besoin en structurant l’écosystème.
Par ailleurs, en marge de la session, les organisateurs sont revenus sur les motivations profondes de l’initiative. «Ce panel s’inscrit dans une vision plus large portée par le centre, qui vise à démocratiser la connaissance ESG. Il faut rendre les ressources disponibles, vulgariser les concepts de biodiversité, de finance verte, de gouvernance responsable», soutient Ben-Vital Kpanou, agroéconomiste à l'IFC. Et à Vincent Arthur Floreani d’ajouter: «Nous accompagnons les entreprises dans cette transition, en finançant leurs projets durables, en proposant des solutions adaptées comme les obligations vertes et en renforçant leurs capacités pour atteindre les meilleurs standards». Pour eux, l’IFC entend aller plus loin. En effet, une convention-cadre a été signée avec le gouvernement béninois et plusieurs institutions multilatérales pour stimuler la finance climatique dans le pays. «Nous avons des projets en cours dans l’énergie solaire, l’agriculture durable, la gestion des déchets ou encore la mobilité verte. L’objectif est de faire du Bénin un hub régional de la finance verte», a renchéri Floreani.
Le message des organisateurs aux entreprises béninoises est sans détour: «Rejoignez les activités du centre et devenez nos partenaires. Et pour tout besoin en investissement, rapprochez-vous de l'IFC», a conclu le responsable pays de l'IFC pour le Bénin précisant que l’ESG n’est pas une mode, mais une mutation irréversible. Et ceux qui l’anticipent seront les gagnants de demain.
Fortuné Dotin