Par Délé Oliyidé
Un tournant historique s’ouvre pour les commerçantes ouest-africaines. Piloté par le Centre d’études et de coopération internationale (CECI), le projet « Faire du commerce un levier pour les femmes en Afrique de l’Ouest » se veut une réponse structurée et durable aux inégalités persistantes dans le secteur.
Des obstacles connus, des solutions concrètes
Harcèlement aux frontières, tracasseries administratives, violences sexistes, accès limité aux financements et aux formations : ces réalités entravent depuis trop longtemps l’essor des commerçantes. Face à ces obstacles, l’initiative lancée à Cotonou ambitionne d’apporter des réponses concrètes et mesurables. Le projet vise à réduire les disparités économiques et sociales en promouvant des pratiques commerciales durables et inclusives.
L’accent est mis sur l’autonomisation des femmes, désormais considérées comme des piliers de l’intégration régionale plutôt que comme des actrices périphériques. « L’initiative n’est que le point de départ d’une dynamique appelée à transformer durablement l’écosystème commercial », a souligné Esther Djeigo, représentante pays du Centre d’études et de coopération internationale.
Abondant dans le même sens qu'Esther Djeigo, Koumba Anouma, directrice Afrique du Centre d’études et de coopération internationale, soutient qu’aucune intégration régionale ne saurait être efficace ni durable si les femmes n’en constituent pas le cœur.
Des corridors commerciaux et un partenariat solide
Le programme se déploiera le long de corridors majeurs traversant le Burkina Faso, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Togo, le Bénin et le Nigeria. Il prévoit des actions structurantes : renforcement des capacités des commerçantes, amélioration de l’accès aux marchés, promotion de pratiques durables et sensibles au genre, sécurisation des frontières et consolidation des associations féminines.
Cette ambition régionale s’appuie sur un partenariat solide entre le CECI, TradeMark Africa, le gouvernement du Canada et l’État béninois. Ensemble, ils entendent bâtir des chaînes de valeur inclusives et résilientes, intégrant pleinement les femmes dans les dynamiques économiques sous-régionales.
Les objectifs à l’horizon 2030 sont entre autres : augmenter de 50% le nombre de femmes commerçantes adoptant des pratiques durables, accroître de 40% les revenus des bénéficiaires et diffuser largement les bonnes pratiques en matière de commerce, durabilité environnementale et lutte contre le changement climatique.
Représentant la ministre du Commerce, le directeur général du Commerce extérieur, Fousséni Gomina Mama, a procédé au lancement officiel. Il a réaffirmé la disponibilité entière du gouvernement pour accompagner toutes les parties prenantes jusqu’à l’aboutissement du projet « Faire du commerce un levier pour les femmes en Afrique de l’Ouest».
Un projet qui rime avec les ambitions du gouvernement
Pour les autorités, ce projet s’inscrit dans le Programme d’action du gouvernement (PAG) et la nouvelle vision nationale de promotion du genre. « C’est une initiative en parfaite cohérence avec les réformes déjà engagées en matière de facilitation des échanges et d’implication des femmes dans le tissu économique », a martelé le directeur général du commerce extérieur, Fousséni Gomina Mama.
Au-delà de l’alignement stratégique, le gouvernement affirme une volonté politique : renforcer les mécanismes de facilitation aux frontières, intégrer le genre dans les politiques commerciales et créer un environnement propice à l’essor des entrepreneures.
À travers ce lancement, le Bénin réaffirme son engagement pour l’autonomisation économique des femmes. Le commerce transfrontalier pourrait devenir, dans les prochaines années, l’un des leviers les plus puissants de transformation sociale et économique en Afrique de l’Ouest.