Ces chiffres relancent le débat sur la dépendance alimentaire et la nécessité de valoriser davantage le potentiel agricole national, notamment celui de la vallée de l’Ouémé.
S’il est vrai que les performances du Bénin dans bien de secteurs d’activités ne manquent pas de faire cas d’école ces dernières années, il n’en demeure pas moins que les dernières statistiques du commerce extérieur interpellent.
D’après le bulletin trimestriel de l’Institut national de la statistique et de la démographie (INStaD), le Bénin a importé, entre octobre et décembre 2025, plus de 450.164 tonnes de « riz semi-blanchi, même poli, glacé, étuvé ou converti (y compris le riz en brisures) » en provenance de l’Inde, pour un montant estimé à 74 milliards de francs Cfa.
L’Inde se positionne ainsi au deuxième rang des fournisseurs du Bénin sur la période, derrière la Chine. À elle seule, la facture rizicole indienne révèle le poids de cette céréale dans la structure des importations béninoises.
Pourtant, les importations globales de marchandises ont reculé de 9% par rapport au trimestre précédent, signe d’un ralentissement général qui ne semble pas affecter la demande en riz, alors que le Bénin dispose d’atouts agricoles considérables.
La vallée de l’Ouémé, souvent présentée comme l’une des plus riches au monde après celle du Nil en Égypte, offre un potentiel important en matière de production rizicole irriguée. La question n’est donc pas uniquement commerciale, elle est structurelle.
Malgré les efforts engagés ces dernières années pour accroître la production locale, l’offre nationale peine à couvrir la demande croissante, portée par l’urbanisation et l’évolution des habitudes alimentaires. Les défis tiennent à la mécanisation, à la maîtrise de l’eau, à l’accès aux intrants de qualité et à l’organisation des chaînes de transformation et de distribution.
Réorganiser la filière
L’enjeu pour le Bénin dépasse la réduction de la facture d’importation. Il s’agit de repositionner la politique rizicole grâce à une stratégie plus élaborée. Cette stratégie pourrait prendre en compte notamment l’aménagement massif des périmètres irrigués dans la vallée de l’Ouémé, la structuration des coopératives, l’amélioration des rendements et le développement d’unités modernes de décorticage et de conditionnement. La comparaison avec l’Égypte, qui a su capitaliser sur la vallée du Nil pour bâtir une filière performante, devrait permettre au Bénin de tirer des leçons.
Au regard des 74 milliards de francs Cfa consacrés en trois mois aux importations indiennes, la réflexion sur la souveraineté rizicole devrait davantage occupée une place de choix dans la stratégie agricole nationale.
La réorganisation de la politique agricole et l’exploitation optimale des terres fertiles nationales, sont, à n’en point douter, des leviers concrets pour renforcer la résilience alimentaire du Bénin et réduire sa vulnérabilité aux fluctuations des marchés internationaux.