Pour l’Afrique, assez dépendante des importations énergétiques et du transport maritime, la fermeture ou la perturbation simultanée de ces corridors pourrait déclencher un choc énergétique et logistique aux conséquences macroéconomiques étendues.
À des milliers de kilomètres des zones de combat, les économies africaines observent avec inquiétude l’évolution de la crise au Moyen-Orient. La fermeture annoncée du détroit d’Ormuz par l’Iran, combinée aux menaces persistantes sur la mer Rouge et le canal de Suez, place l’Afrique face à une vulnérabilité.
Le détroit d’Ormuz concentre environ 20% du pétrole consommé dans le monde et une part importante du commerce de gaz naturel liquéfié. Toute interruption durable de ce passage entraînerait de facto une flambée des cours du brut et du Gaz naturel liquéfié (GNL). Pour l’Afrique, majoritairement importatrice nette de produits pétroliers raffinés, la facture s’affiche salée en raison de la hausse des coûts d’importation, de la pression sur les réserves de change et du renchérissement du transport et de la production électrique thermique.
Même si seulement 13% des importations africaines transitent directement par Ormuz, selon les données de l’OMC, l’impact se diffuserait par les prix mondiaux. Une envolée prolongée du pétrole alimenterait l’inflation importée, déjà sensible dans plusieurs pays. Les États seraient contraints d’arbitrer entre réduction des subventions énergétiques, au risque de tensions sociales, ou aggravation des déficits budgétaires.
À cette pression énergétique s’ajoute un risque logistique. D’après l’OMC, le canal de Suez assure entre 12% et 15% du commerce mondial et près de 30% du trafic de conteneurs. Les attaques en mer Rouge ont déjà démontré la fragilité de cet axe, provoquant des détournements massifs vers le cap de Bonne-Espérance. Ce qui a d’ailleurs allongé les délais et augmenté les coûts du fret.
Un poids de plus pour les économies africaines
Pour l’Uemoa, la principale menace réside dans un choc énergétique importé. Pour plusieurs pays d’Afrique de l’Est, la dépendance est élevée. Selon les données de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole), environ 31% du commerce extérieur de Djibouti, 15% de celui du Kenya et 10% de celui de la Tanzanie transitent par Suez.
Le Soudan atteint près de 34%. Une perturbation prolongée se traduirait par des retards d’approvisionnement, une hausse des prix des biens importés et des tensions accrues sur la sécurité alimentaire, notamment pour les pays dépendants des céréales et intrants agricoles venus d’Asie ou d’Europe.
Le scénario d’une fermeture simultanée d’Ormuz et d’une paralysie durable du corridor Suez–mer Rouge créerait un choc énergétique et commercial en Afrique. Face aux conditions financières internationales déjà tendues, l’augmentation des paiements en dollars pour l’énergie et le transport accentuerait la pression sur les monnaies africaines.
Au-delà de l’urgence conjoncturelle, cette crise semble rappeler à l’Afrique toute entière la nécessité d’une diversification énergétique, d’un renforcement des capacités de raffinage locales et d’une meilleure intégration logistique intra-africaine. Sans réduction de cette dépendance aux corridors extérieurs, le continent demeure exposé aux répercussions de crises géopolitiques qu’il ne contrôle pas.