Par Fortuné DOTIN
Face aux défis de modernisation et de transformation des filières, la GDIZ, par la voix de Faki Adjé, directeur général adjoint de la SIPI-Bénin, a défendu une vision structurante de l’amont agricole africain.
Le panel consacré à la modernisation agricole a offert un rare moment de convergence entre acteurs publics, industriels et partenaires techniques. D’emblée, les échanges ont souligné la nécessité de repenser en profondeur les modèles agricoles africains. Dossa Aguemon, représentant du ministère béninois de l’Agriculture, a rappelé que les anciennes approches, centrées sur l’intensification de la production brute, ont laissé en héritage une dégradation des sols, une érosion de la biodiversité et une vulnérabilité persistante aux marchés mondiaux. Pour lui, l’avenir passe désormais par l’intégration dans les chaînes de valeur et par une montée en puissance de la transformation agro-industrielle, seule capable de générer une valeur stable et durable.
C’est précisément sur ce terrain que s’est inscrite l’intervention de Faki Adjé, directeur général adjoint de la SIPI-Bénin et représentant de la GDIZ, dont l’approche a donné une dimension opérationnelle et stratégique au débat. La GDIZ, a-t-il rappelé, repose entièrement sur la disponibilité du coton, de l’anacarde, du soja et du palmier à huile produits sur le territoire. Or cette matière première reste difficile à sécuriser, notamment en raison de la dispersion des producteurs et des exportations clandestines de produits bruts, qui privent l’industrie locale de volumes essentiels. Le défi est donc double : structurer l’amont pour nourrir l’appareil productif, tout en donnant une visibilité économique aux agriculteurs.
Faki Adjé a insisté sur la nécessité de clarifier le modèle agricole auquel aspire l’Afrique : un modèle de petites exploitations organisées, à la vietnamienne, ou celui des grandes superficies mécanisées, inspiré du Brésil. L’absence de positionnement clair, selon lui, freine l’optimisation de l’organisation agricole, complique la planification et ralentit l’agrégation des volumes indispensables aux chaînes industrielles. Il a également insisté sur l’impératif d’attirer les jeunes vers les métiers agricoles, condition indispensable pour renouveler la main-d’œuvre et accompagner les transformations technologiques du secteur.
L’intervention du président du Groupe SIFCA, Alassane Doumbia, a apporté une perspective régionale qui a renforcé la portée des propos du représentant de la GDIZ. Évoquant l’expérience ivoirienne et ouest-africaine, il a pointé les limites des infrastructures, le déficit énergétique, la fragilité de la recherche agronomique et la vulnérabilité des producteurs face aux chocs internationaux. Il a surtout rappelé que les zones industrielles intégrées comme la GDIZ constituent des instruments essentiels pour réduire les coûts logistiques, sécuriser l’investissement et structurer des écosystèmes de transformation.
Reprenant la parole, Faki Adjé a élargi la perspective : la GDIZ ne se limite plus à la transformation des matières premières, elle ambitionne désormais d’agir sur l’ensemble de la chaîne agricole. L’installation d’industriels capables de produire localement engrais, semences ou machines agricoles, ainsi que le projet de laboratoire de vitroplants soutenu par l’État, visent à améliorer la qualité des intrants, renforcer les rendements et réduire les dépendances extérieures. Dans cette logique, la zone industrielle entend garantir aux producteurs un débouché systématique, leur assurant stabilité économique et visibilité.
Interrogés sur les dix prochaines années, les panélistes ont esquissé un avenir contrasté. Aguemon Dossa a rappelé l’absence de cohérence continentale, malgré l’existence d’engagements internationaux en faveur de la modernisation agricole. Quant à Faki Adjé, il a mis en exergue un paradoxe révélateur : l’Afrique détient 60% des terres arables non exploitées de la planète, mais les échanges agricoles intra-africains demeurent insignifiants. Il a illustré cette défaillance par la filière anacarde : le Bénin dispose d’un appareil de transformation utilisé à plus de 85%, tandis que la Côte d’Ivoire, premier producteur continental, n’emploie qu’un tiers de sa capacité. La complémentarité est évidente, mais inaccessible. Une bourse régionale des matières premières permettrait de fluidifier les échanges, encore faut-il que les obstacles politiques soient levés.
Dans un paysage agricole en recomposition, l’intervention de Faki Adjé a offert un éclairage déterminant : moderniser ne suffit plus. C’est l’architecture globale de l’amont agricole, de l’orientation stratégique aux intrants en passant par l’organisation des producteurs, qu’il faut refonder pour soutenir des industries capables de transformer durablement les économies africaines. Son plaidoyer positionne la GDIZ comme un acteur pivot de cette transformation, au croisement des enjeux agricoles, industriels et régionaux.