Par Fortuné DOTIN
Pensé comme un espace d’expression et de construction collective, le dispositif s’inscrit dans une dynamique de transformation de l’écosystème industriel béninois. L’objectif affiché est de créer un cadre durable où les femmes peuvent partager leurs expériences, renforcer leurs compétences et accéder à des opportunités concrètes, dans un environnement encore marqué par une sous-représentation féminine dans les instances de décision.
Une initiative structurée autour du partage et de l’inclusion des femmes
Dès l’ouverture, la directrice de la communication de la SIPI-Bénin, Irmine Gnidehou, a posé le cadre de GDIZ Women Talk. L’initiative se veut un espace de parole, d’entraide et d’opportunités concrètes. Le constat est sans détour : malgré leur présence dans les organisations et leur niveau de compétence, les femmes restent encore sous-représentées dans les sphères décisionnelles. « Les femmes sont fortes, résilientes, mais restent sous-représentées dans les sphères de décision », a-t-elle rappelé, appelant à dépasser les constats pour structurer des mécanismes de mentorat, de formation et d’accompagnement.
Dans la continuité, la responsable des ressources humaines de la SIPI-Bénin, Faridath Adeniya, a inscrit l’initiative dans le prolongement des réflexions issues de la Journée internationale des droits des femmes. Elle a insisté sur la nécessité de bâtir une dynamique durable au-delà des rencontres ponctuelles. « Lorsque les femmes se rassemblent, échangent et se soutiennent, elles deviennent une véritable force de transformation », a-t-elle affirmé, soulignant l’enjeu de transformer les expériences individuelles en levier collectif.
Dans cette même dynamique, elle a insisté sur le rôle déterminant de l’engagement du top management dans la structuration des politiques d’inclusion. Selon elle, la mise en place de tels cadres ne peut produire des effets durables sans une impulsion forte au sommet des organisations. À la CDC-Bénin, a-t-elle souligné, cette orientation managériale a permis une meilleure compréhension des réalités vécues par les femmes et favorisé un environnement de travail plus attentif à la question de la représentativité féminine.
Des lectures institutionnelles entre transformation sociale et vision stratégique
Dans une lecture volontairement décalée, le directeur général adjoint de la SIPI-Bénin, Faki Adje, a replacé l’initiative dans un mouvement plus large de recomposition des équilibres sociaux. Avec un ton mêlant humour et analyse, il a estimé qu’il s’agissait moins d’un débat interne que d’une évolution structurelle en cours. « Je préfère y voir la moitié de la population mondiale qui s’organise pour réduire des inégalités anciennes », a-t-il déclaré, soulignant la nécessité d’une organisation consciente des dynamiques féminines.
Selon lui, le véritable enjeu réside dans la capacité des femmes à structurer leur propre force collective. « Si vous ne le faites pas entre vous, la masse silencieuse ne pourra pas émerger », a-t-il averti, appelant à dépasser les cadres informels.
Le directeur des ressources humaines de la GDIZ, Franck Gbetoho, a pour sa part recentré le débat sur une dimension plus opérationnelle. Saluant une démarche qu’il juge pertinente, il a insisté sur l’importance de s’appuyer sur des expériences existantes pour adapter les modèles au contexte de la zone industrielle.
Il a également déconstruit certaines perceptions sociales persistantes autour des regroupements féminins. « On dit souvent que les femmes se mettent ensemble pour l’amitié ou pour critiquer. Mais aujourd’hui, il faut se mettre ensemble d’abord pour être utile à la communauté », a-t-il affirmé.
Women at CDC Bénin, un modèle de structuration par l’expérience
Moment central de cette première édition, l’intervention de Elvire Houédé Agbo, présidente du réseau Women at CDC Bénin, a servi de cas d’école. Elle a rappelé que la structuration d’un réseau est un processus long, méthodique et accompagné. « S’exposer, prendre la parole, ce n’est pas quelque chose de naturel pour nous », a-t-elle confié, évoquant les réticences initiales avant la mise en place du réseau à la Caisse des dépôts et consignations du Bénin.
Selon elle, le processus a nécessité près d’un an de réflexion, de diagnostic et d’analyse des besoins. L’enjeu n’était pas de multiplier les dispositifs existants, mais de répondre à une question centrale : pourquoi structurer un réseau alors que formation, mentorat ou coaching existent déjà de manière isolée ? La réponse s’est imposée autour de la nécessité de fédérer et de donner une cohérence à des dynamiques déjà présentes.
Elle a insisté sur un point clé : le développement personnel. Avant la structuration du réseau, un parcours de 100 jours a été mis en place pour renforcer la confiance en soi et la connaissance de soi. « Si on ne sait pas où on va, on ne peut pas s’y projeter », a-t-elle rappelé. Aujourd’hui, le réseau Women at CDC Bénin est présenté comme une structure vivante, avec des effets visibles sur la posture des femmes dans leur environnement professionnel. « Elles rayonnent plus, tout simplement », résume-t-elle.
Elle a enfin livré une recommandation implicite à la GDIZ : construire progressivement, sans précipitation. « Prenez votre temps. Ne brûlez pas les étapes. Structurez bien. Et surtout, construisez quelque chose qui vous ressemble », a-t-elle conclu.
Au terme des échanges, plusieurs participantes ont souligné l’impact immédiat des discussions, l’une d’elles estimant que « beaucoup de limites perçues viennent de nous-mêmes », appelant à transformer ces échanges en actions concrètes et durables.









