
Centif : 529 opérations suspectes signalées et 7 dossiers transmis à la Criet en 2025
Par Boris Mawuena
La Cellule Nationale de Traitement des Informations Financières (CENTIF) du Bénin a publié son rapport d'activités 2025. Le document met en évidence une hausse des déclarations d'opérations suspectes, un renforcement des capacités de l'institution et une évolution des menaces, marquées notamment par la cybercriminalité et les nouveaux outils numériques.
Le rapport annuel 2025 rendu public par la Cellule Nationale de Traitement des Informations Financières (CENTIF) du Bénin couvre la période du 1er janvier au 31 décembre 2025. Dans son message d'ouverture, le président de l'institution, Abdou Rafiou Bello, souligne que la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et de la prolifération des armes de destruction massive constitue une priorité stratégique pour préserver la stabilité économique, l'intégrité du système financier et la sécurité nationale du Bénin.
Au cours de l'année 2025, la CENTIF a enregistré 529 Déclarations d'Opérations Suspectes (DOS), confirmant la progression observée depuis 2023. Cette évolution traduit, selon le rapport, un renforcement de la vigilance des entités assujetties. Toutefois, 25,3% des déclarations reçues restent de mauvaise qualité, ce qui constitue encore un défi pour l'institution. Le rapport fait également état de 511 589 Déclarations d'Opérations en Espèces (DOE), provenant en grande majorité du secteur bancaire, illustrant l'intensification de l'activité déclarative.
La cybercriminalité et l'escroquerie en tête des infractions
L'analyse des dossiers traités montre que les principales infractions détectées sont liées à l'escroquerie et à la cybercriminalité, qui représentent 35,2% des cas analysés. Elles sont suivies de la fraude fiscale, avec 23,3%.
Le rapport relève également l'apparition de nouvelles méthodes de blanchiment de capitaux utilisant notamment les Terminaux de Paiement Electronique (TPE) et d'autres instruments financiers numériques, traduisant une évolution des risques vers des formes plus technologiques et transnationales.
154 notes de renseignement financier produites
En matière d'exploitation des informations financières, la CENTIF indique avoir élaboré 154 notes de renseignement financier en 2025. Ces productions sont principalement destinées aux autorités chargées des enquêtes afin de faciliter les investigations.
Par ailleurs, sept rapports d'enquête ont été transmis à la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) au cours de l'année, illustrant la contribution du renseignement financier aux procédures judiciaires. Selon le rapport, ces résultats s'inscrivent dans les exigences du Groupe d'Action Financière (GAFI) en matière d'utilisation du renseignement financier.
Des capacités renforcées et un nouveau plan stratégique
L'année 2025 a également été marquée par le renforcement des capacités opérationnelles de la CENTIF. L'institution a recruté de nouveaux profils techniques, développé des interconnexions avec plusieurs bases de données stratégiques, notamment celles de l'ANIP, de l'APIEX et de la Direction Générale des Impôts (DGI), et mis en place une plateforme nationale dédiée aux sanctions financières ciblées.
La CENTIF a également intégré un nouveau siège répondant aux standards internationaux et renforcé la sécurisation de ses infrastructures. Le président Abdou Rafiou Bello annonce aussi la finalisation du Plan stratégique 2025-2029, destiné à moderniser davantage l'institution, à renforcer son indépendance et à accroître sa capacité de production de renseignement financier tout en consolidant la coopération nationale et internationale.
Une coopération renforcée avant l'évaluation de 2028
Le rapport souligne une amélioration du taux de réponse des correspondants nationaux, qui atteint 88,2% en 2025. La coopération internationale s'est également consolidée grâce à une participation active du Bénin aux travaux du GIABA, du Groupe Egmont et du GAFI.
Des avancées importantes ont par ailleurs été enregistrées dans la mise à jour de l'Évaluation nationale des risques ainsi que dans l'élaboration de la Stratégie nationale de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et de la prolifération des armes de destruction massive 2026-2030. Celle-ci intègre désormais de nouveaux risques, notamment la criminalité environnementale et le financement de la prolifération des armes de destruction massive.
Des défis à relever
Malgré ces progrès, la CENTIF reconnaît que plusieurs défis persistent. L'institution cite notamment le volume important de dossiers en attente de traitement, la qualité encore insuffisante d'une partie des déclarations et la nécessité de transformer davantage le renseignement financier en décisions judiciaires concrètes.
Dans son message, Abdou Rafiou Bello appelle l'ensemble des acteurs publics et privés à renforcer leur vigilance, leur coopération et le respect des obligations déclaratives afin d'améliorer l'efficacité du dispositif national. La CENTIF affirme enfin rester pleinement mobilisée pour poursuivre la lutte contre les flux financiers illicites et contribuer au développement ainsi qu'à la crédibilité financière du Bénin.







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