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Économie bleue : Le pari maritime du Sénégal face à la bataille des hubs ouest-africains

Le Sénégal veut faire de son littoral un levier de croissance, de logistique et de souveraineté. Les enjeux d'une stratégie qui dépasse le seul secteur maritime.

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Le président Bassirou Diomaye Faye aux côtés des officiels lors du Forum national sur l'économie bleue à Dakar.

Le président Bassirou Diomaye Faye aux côtés des officiels lors du Forum national sur l'économie bleue à Dakar.

Par Gbetoho Igor Kouton

Avec près de 750 kilomètres de côtes, un port stratégique sur l’Atlantique et des activités maritimes qui génèrent déjà plusieurs centaines de milliards de francs Cfa, le Sénégal veut changer d’échelle.

Au Forum national sur le développement durable des transports maritimes et de la logistique dans l’économie bleue, organisé à Dakar les 13 et 14 juillet, les autorités ont affiché une ambition claire.  Faire du pays un hub maritime africain tout en conciliant croissance économique, transition écologique et souveraineté. 

Longtemps, l’économie maritime sénégalaise a été principalement associée à la pêche et aux activités portuaires traditionnelles. Désormais, l’État veut élargir cette vision en intégrant la logistique, les transports maritimes, les services portuaires, les énergies marines, l’aquaculture ou encore l’innovation technologique.

À l’ouverture du Forum national sur le développement durable des transports maritimes et de la logistique dans l’économie bleue, le président Bassirou Diomaye Faye a placé la mer au cœur de la transformation économique du pays. « L’économie bleue s’impose aujourd’hui comme une réponse stratégique aux défis de notre temps », a-t-il déclaré, la présentant comme « un levier de croissance » et « un instrument de souveraineté ».

Cette ambition repose sur un constat économique. Le Sénégal dispose d’un avantage géographique rare en Afrique de l’Ouest. Situé sur l’une des principales routes maritimes reliant l’Europe, l’Amérique et l’Afrique, le pays bénéficie d’une position qui pourrait lui permettre de capter davantage de flux commerciaux régionaux.

Le pari d’un hub maritime ouest-africain

Le principal enjeu est désormais de transformer cette position géographique en avantage économique durable. Dans un contexte où les chaînes logistiques mondiales sont en pleine recomposition, les pays capables d’offrir des infrastructures portuaires performantes peuvent attirer davantage d’investissements et renforcer leur intégration dans le commerce international.

Le Port autonome de Dakar constitue la pièce maîtresse de cette stratégie. Selon les données communiquées lors du forum, les activités portuaires auraient généré près de 700 milliards de francs Cfa entre 2022 et 2024, soit environ 4% du PIB national, tout en soutenant 170.000 emplois.  Mais la compétition régionale est forte.

Des ports comme ceux d’Abidjan, Tema au Ghana ou Lomé au Togo investissent massivement dans leurs capacités de traitement, leurs terminaux à conteneurs et leurs plateformes logistiques. Pour Dakar, l’objectif n’est donc plus seulement d’être un port d’escale mais une véritable plateforme de redistribution vers les marchés de l’hinterland ouest-africain, notamment le Mali, la Mauritanie et d’autres pays enclavés.

Au-delà des infrastructures, le forum a mis en avant le défi de la décarbonation du transport maritime. Le secteur maritime mondial est aujourd’hui sous pression pour réduire son empreinte environnementale. Les ports doivent investir dans des équipements moins polluants, optimiser leur consommation énergétique et intégrer davantage les technologies numériques. Pour le Sénégal, cette transition représente à la fois une contrainte et une opportunité.

La modernisation des ports peut permettre de réduire les coûts logistiques, d’améliorer la compétitivité des entreprises locales et d’attirer de nouveaux investisseurs sensibles aux critères environnementaux. « Notre souveraineté maritime ne se négocie pas. Elle se construit par l’investissement, par l’innovation et par la vision », a affirmé le président Bassirou Diomaye Faye lors de son intervention.  Cette approche rejoint les nouvelles orientations internationales qui font de l’économie bleue un secteur stratégique combinant exploitation économique et protection des écosystèmes marins.

Des milliers d’emplois à créer dans les métiers de la mer

L’un des arguments majeurs avancés par les autorités concerne l’emploi. L’économie bleue pourrait devenir un important pourvoyeur d’opportunités pour la jeunesse sénégalaise. Au-delà des emplois directs dans les ports et le transport maritime, les perspectives concernent aussi la construction et la réparation navale, la logistique, les services numériques, la recherche scientifique marine ou encore les énergies renouvelables offshore.

Mais cette transformation nécessite un investissement massif dans les compétences. Les professionnels du secteur soulignent l’importance de former des ingénieurs, logisticiens, techniciens portuaires et spécialistes des métiers maritimes capables d’accompagner cette nouvelle phase de développement.

Si l’ambition est affichée, la réussite dépendra toutefois de la capacité du Sénégal à mobiliser des financements importants. La modernisation des infrastructures portuaires, le développement des plateformes logistiques et la transition énergétique nécessitent des investissements lourds. Les acteurs publics et privés devront également travailler sur la simplification administrative, la digitalisation des procédures et l’amélioration de la gouvernance du secteur.

Le Forum national sur le développement durable des transports maritimes et de la logistique dans l’économie bleue apparaît ainsi comme une étape dans la définition d’une nouvelle feuille de route. Organisé par le ministère des Pêches et de l’Économie maritime, il a réuni les principaux acteurs du secteur autour de l’objectif de bâtir une vision durable et inclusive de l’économie bleue sénégalaise. 

À terme, l’ambition est claire : faire de la mer non plus seulement un espace d’exploitation, mais un moteur de croissance, d’innovation et de souveraineté économique.

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