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Assurance inclusive : L'Afrique veut transformer un retard en levier de croissance

En réunion à Cotonou dans les prochains jours, les acteurs africains de l'assurance veulent faire émerger un marché plus inclusif capable de protéger les populations, soutenir l'investissement et renforcer la résilience des économies.

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En réunion à Cotonou dans les prochains jours, les acteurs africains de l'assurance veulent faire émerger un marché plus inclusif capable de protéger les populations, soutenir l'investissement et renforcer la résilience des économies.

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Photo officielle prise à la 50ème Assemblée Générale de la FANAF

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Par Lerroux Maël Belou

Pendant longtemps, l'assurance est restée l'un des angles morts des économies africaines. En lançant à Cotonou les premiers États Généraux de l'Assurance pour Tous, les professionnels du secteur veulent désormais faire de cette faiblesse un moteur de résilience, d'investissement et de croissance. Au cours de ces dernières décennies, le développement financier africain s'est principalement appuyé sur les banques et, plus récemment, sur le mobile money. L'assurance, pourtant indispensable au fonctionnement d'une économie moderne, est restée en retrait. Ce qui de facto a entraîné des millions de ménages, d'agriculteurs et de petites entreprises à faire face seuls aux conséquences d'un accident, d'une catastrophe climatique ou d'une perte d'activité, faute de couverture adaptée.

Ce déficit constitue aujourd'hui bien plus qu'une fragilité sociale. Il limite la capacité des entreprises à investir, renchérit le coût du crédit, accroît l'exposition des États aux catastrophes et freine la mobilisation d'une épargne de long terme indispensable au financement des infrastructures. Dans plusieurs pays de la Conférence interafricaine des marchés d'assurances (CIMA), le taux de pénétration de l'assurance demeure inférieur à 1% du PIB, très loin des standards observés dans les économies plus matures.

C'est précisément cette équation que les premiers États Généraux de l'Assurance pour Tous entendent modifier. Organisée du 6 au 8 juillet à Cotonou par la Fédération des Sociétés d'Assurances de Droit National Africaines (FANAF), en partenariat avec l'Association des Sociétés d'Assurance du Bénin (ASA Bénin), la rencontre réunira près de 400 participants issus d'une vingtaine de pays africains. Régulateurs, gouvernements, assureurs, réassureurs, banques, fintechs et partenaires techniques y discuteront des conditions d'un changement d'échelle du secteur.

L'ambition dépasse largement l'organisation d'un rendez-vous professionnel. Les participants doivent adopter un Pacte panafricain de l'Assurance Inclusive, accompagné d'une feuille de route couvrant la période 2026-2030. L'objectif est de coordonner les réformes réglementaires, d'encourager l'innovation dans les produits d'assurance et de faciliter leur diffusion auprès des populations encore largement exclues de ce marché. À terme, la FANAF vise un doublement du taux de pénétration de l'assurance dans son espace d'ici 2040.

L'assurance, un maillon encore sous-exploité du financement de l'économie

L'enjeu est aussi financier. Les compagnies d'assurance ne se limitent pas à indemniser les sinistres. Dans les économies où elles atteignent une taille critique, elles deviennent d'importants investisseurs institutionnels, capables de canaliser une épargne de long terme vers les obligations d'État, les marchés financiers ou les grands projets d'infrastructures. L'élargissement de la couverture assurantielle constitue donc également un levier de développement des marchés de capitaux africains.

Cette évolution pourrait également transformer l'accès au financement des entreprises. Une meilleure couverture des risques réduit l'incertitude pour les banques, sécurise davantage les investissements privés et renforce la résilience des chaînes de valeur, notamment dans l'agriculture, les transports, le commerce ou les PME, où les pertes liées aux aléas restent souvent supportées directement par les entrepreneurs.

Le développement de l'assurance inclusive ouvre enfin un nouveau terrain d'innovation. Les solutions numériques, l'exploitation des données et les plateformes de paiement mobile permettent désormais de distribuer des produits simples, à faible coût, jusque dans des zones où les réseaux traditionnels demeurent peu présents. Plusieurs marchés africains expérimentent déjà des assurances agricoles indexées sur les conditions climatiques, des couvertures santé accessibles par téléphone mobile ou des contrats destinés aux travailleurs du secteur informel.

Le Bénin accueille un débat stratégique pour les marchés africains

Le choix de Cotonou n'est pas anodin. Depuis plusieurs années, le Bénin multiplie les initiatives visant à renforcer son positionnement dans les débats économiques régionaux, qu'il s'agisse de finance durable, d'investissement, de transformation industrielle ou d'inclusion financière. L'organisation de ces États Généraux s'inscrit dans cette stratégie d'influence et conforte la visibilité du pays auprès des institutions financières et des acteurs du secteur.

Le véritable test commencera toutefois après la clôture de la rencontre. Le succès du Pacte panafricain ne dépendra pas de la qualité de ses déclarations, mais de sa capacité à accélérer les réformes, stimuler l'innovation, améliorer la confiance des assurés et élargir durablement la couverture des risques. Pour les économies africaines, l'enjeu dépasse le seul avenir des compagnies d'assurance : il touche à la capacité du continent à construire des systèmes financiers plus profonds, plus résilients et mieux armés pour accompagner la croissance.

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