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Côte d’Ivoire: Après le PAGDS, le pays face à l'usage numérique

Clôturé fin 2025 avec un décaissement quasi total, le PAGDS laisse un portefeuille de plateformes numériques. Reste à en garantir l'usage durable et l'appropriation.

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Signature de documents administratifs lors de la cérémonie de clôture du PAGDS

Signature de documents administratifs lors de la cérémonie de clôture du PAGDS

Par Sarata Soumahoro

Avec un décaissement quasi total clôturé à la fin de l’année précédente, le PAGDS laisse à la Côte d'Ivoire un portefeuille de plateformes numériques. Sa valeur économique dépend désormais de leur usage durable, de la qualité des données et de l'appropriation par les administrations.

Clore le projet sans clore la réforme

 Le Projet d'amélioration de la gouvernance pour la délivrance des services de base aux citoyens (PAGDS) a été officiellement clôturé le 31 décembre 2025. Lors de la cérémonie organisée le 29 juin 2026 à Abidjan, le gouvernement a annoncé un taux de décaissement quasi total pour le financement initial et le financement additionnel. Mis en vigueur le 24 juin 2019, le projet disposait d'une enveloppe initiale de 85 millions de dollars US. Un financement additionnel de 110 millions de dollars US a porté le volume global à 195 millions de dollars US.

Le décaissement quasi total du PAGDS signale une capacité d'exécution financière élevée. Mais une clôture financière ne suffit pas à qualifier une réforme durable. Dans un projet de gouvernance, la valeur se mesure surtout à la transformation des procédures, à la continuité des usages et à la capacité des administrations à maintenir les outils.

195 millions de dollars US à convertir en usage public

 Le PAGDS a élargi son champ d'intervention au fil de son exécution. Le financement additionnel a intégré la mobilisation des recettes intérieures, avec la Douane et les Impôts, ainsi que la gestion des ressources dans la santé, l'éducation et les routes. Au total, 23 plateformes numériques ont été déployées et remises aux administrations bénéficiaires. Cette architecture donne au projet une portée plus large qu'un programme informatique. Elle place la digitalisation au cœur de la gestion publique : inscriptions scolaires, suivi hospitalier, chaînes d'approvisionnement, recettes, paiements et ressources sectorielles.

 L'enjeu économique se situe dans le passage de la plateforme livrée à la plateforme utilisée. Un outil numérique ne crée de valeur que s'il réduit les délais, fiabilise les données, limite les coûts de transaction et devient une routine administrative.

Des guichets physiques aux services suivis en ligne

 Dans l'éducation, la plateforme DOBCONNECT illustre ce changement d'échelle. Le gouvernement indique que 1428.70 parents et tuteurs ont inscrit leurs enfants en ligne, soit plus de 90% des admis en sixième, sans déplacement à Abidjan. Les plaintes liées aux inscriptions sont passées de 13 % à 7%. L'effet dépasse le confort administratif. Moins de déplacements signifie moins de coûts indirects pour les familles, moins d'engorgement pour l'administration et une meilleure traçabilité. La réforme de la chaîne d'approvisionnement scolaire a aussi permis à plus de 97% des élèves des deux premières années du primaire de recevoir leurs manuels à temps, contre 61% auparavant. 

Dans la santé, le Système d'information hospitalier (SIH) a été déployé – le gouvernement évoque 325 centres à la clôture du projet. Le gouvernement indique que 100% des patients de ces établissements sont suivis numériquement – ce dernier point est confirmé par le rapport de mission Banque mondiale consulté. La collecte digitalisée des frais a aussi multiplié les revenus de certains établissements par deux.

La traçabilité devient un actif budgétaire

La portée du PAGDS ne se limite pas aux services sociaux. L'intégration des Impôts et de la Douane renvoie à un enjeu macroéconomique : renforcer la mobilisation des recettes intérieures et améliorer la qualité de la dépense publique. Pour l'État, des données mieux structurées peuvent réduire certaines zones d'opacité, faciliter le suivi budgétaire et améliorer les arbitrages. Pour les citoyens et les entreprises, une administration plus traçable peut réduire l'incertitude, fluidifier les démarches et renforcer la confiance. Cette dimension est stratégique dans une économie où la croissance exige des services administratifs plus rapides et mieux connectés aux besoins des usagers.

Maintenir les plateformes dans la durée

Le risque principal apparaît après la clôture. La Banque mondiale a recommandé, dans son évaluation finale du PAGDS de renforcer la communication sur les plateformes, le transfert de compétences, l'appropriation institutionnelle et la connectivité internet. Ces points de vigilance rappellent qu'un projet peut être bien décaissé sans produire tous ses effets à long terme. Maintenance, formation des agents, budget récurrent, cybersécurité, interopérabilité et gouvernance des données deviennent les conditions réelles de la valeur publique.

Sans cette continuité, la digitalisation risque de rester un empilement d'outils. Avec elle, les plateformes peuvent devenir des infrastructures administratives utiles. Une seconde phase du PAGDS a d'ailleurs été signée le jour même de la clôture, avec une contribution complémentaire de 300 millions de dollars US du gouvernement ivoirien.

L'après-PAGDS se joue dans les routines

La clôture du PAGDS ouvre une phase plus exigeante. Le défi n'est plus seulement de démontrer que les ressources ont été mobilisées et les plateformes livrées. Il consiste à intégrer ces outils dans les pratiques quotidiennes des administrations. Pour la Côte d'Ivoire, le véritable test sera l'usage : continuité des services, qualité des données, coordination entre ministères et mesure des effets sur les citoyens. Le PAGDS est clos financièrement, mais sa valeur économique dépendra de ce que l'État fera des plateformes, des données et des nouvelles pratiques administratives.

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