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Bénin, RDC, Cameroun… la BAD et l'OIF testent une nouvelle stratégie pour l’emploi des jeunes

La Banque africaine de développement et l’OIF lancent un partenariat dans cinq pays francophones. Au-delà de la formation, l’objectif est de faire des compétences numériques un moteur de croissance et d’emploi.

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Sidi Ould Tah, président de la Banque africaine de développement (BAD) et Louise Mushikiwabo, Secrétaire générale de la Francophonie

Sidi Ould Tah, président de la Banque africaine de développement (BAD) et Louise Mushikiwabo, Secrétaire générale de la Francophonie

Par Lerroux Maël Belou

Le partenariat conclu entre la Banque africaine de développement (BAD) et l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) traduit un repositionnement stratégique : investir dans les compétences numériques pour transformer le dividende démographique africain en levier de croissance, de productivité et de création d’entreprises. 

Avec la signature de cet accord le 25 juin à Paris, la Banque africaine de développement (BAD) et l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ont franchi une nouvelle étape dans leur coopération. Il s’agit pour ces deux organismes de renforcer les compétences numériques, l’employabilité et l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes. Le Bénin, le Cameroun, la Guinée, la République démocratique du Congo et Madagascar sont les pays qui seront impactés avec cette phase pilote. 

À première vue, cette démarche s’apparente à un programme supplémentaire de formation. Pourtant, le choix des secteurs ciblés – développement web et mobile, cybersécurité, intelligence artificielle, analyse de données ou encore accompagnement à la création d'entreprise – révèle une ambition plus large : préparer les économies francophones à des métiers dont la demande progresse plus rapidement que l'offre de compétences.

Le partenariat prévoit également des stages professionnels, des activités de prototypage ainsi que des collaborations avec des incubateurs et des accélérateurs afin de rapprocher la formation des besoins réels des entreprises. L'objectif n'est donc pas seulement de former davantage de jeunes, mais de raccourcir la distance entre l'acquisition de compétences et l'accès à un emploi ou à un projet entrepreneurial viable.

La BAD fait du capital humain une infrastructure économique

Cette initiative s'inscrit dans la nouvelle feuille de route portée par le président de la BAD, Sidi Ould Tah. Parmi les quatre priorités stratégiques qu'il a présentées depuis son entrée en fonction figure la volonté de faire du dividende démographique africain un moteur de transformation économique. Derrière cette orientation se dessine une évolution de la doctrine de la Banque : les investissements dans les compétences, la formation et l'innovation sont désormais considérés comme des actifs économiques capables d'accroître durablement la productivité du continent.

Cette approche répond à un défi structurel. Chaque année, des millions de jeunes arrivent sur le marché du travail africain alors que les économies formelles ne créent pas suffisamment d'emplois qualifiés. Dans le même temps, la transformation numérique génère de nouveaux besoins dans les services financiers, le commerce électronique, les télécommunications, l'industrie ou encore l'administration publique. Le principal obstacle n'est plus uniquement l'absence d'opportunités, mais l'écart persistant entre les compétences disponibles et celles recherchées par les employeurs.

Dans cette perspective, les cinq pays retenus constituent un terrain d'expérimentation pertinent. Ils présentent des profils économiques différents, mais partagent plusieurs caractéristiques : une population jeune, une accélération de la digitalisation des services publics et privés, ainsi qu'une volonté de développer des écosystèmes entrepreneuriaux capables d'absorber une partie de cette nouvelle main-d'œuvre qualifiée.

Au-delà de la formation, la bataille de la compétitivité

Pour l'Organisation internationale de la Francophonie, cet accord marque également une évolution de son positionnement. L'institution entend désormais mobiliser des financements innovants pour soutenir des projets à fort impact économique, en complément de son action traditionnelle dans les domaines de la langue, de l'éducation et de la coopération culturelle. En s'associant à la BAD, elle cherche à accroître l'effet de levier de ses interventions et à attirer davantage de partenaires autour de programmes orientés vers l'emploi et l'entrepreneuriat.

Ce rapprochement illustre une tendance plus large observée parmi les institutions de développement. Après avoir concentré leurs financements sur les infrastructures physiques, l'énergie ou les transports, elles accordent une importance croissante aux investissements dans le capital humain. La compétitivité des économies africaines dépendra autant de la qualité de leurs infrastructures que de leur capacité à former des développeurs, des spécialistes de la cybersécurité, des experts en intelligence artificielle ou des entrepreneurs capables de créer les entreprises de demain.

L'enjeu dépasse ainsi les cinq pays concernés. Si cette coopération parvient à améliorer durablement l'insertion professionnelle des jeunes et à stimuler la création d'entreprises innovantes, elle pourrait servir de modèle à d'autres États francophones. Pour la BAD, il s'agit moins de financer un programme supplémentaire que de démontrer qu'investir dans les compétences numériques peut produire le même effet structurant sur le développement qu'un investissement dans les routes, les ports ou les réseaux électriques. C'est sur cette capacité à transformer le potentiel démographique en richesse durable que se jouera une partie de la compétitivité africaine au cours de la prochaine décennie.

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