
Vue large sur la conférence CRSSI 2026
.Paiements électroniques, services publics dématérialisés, données administratives, plateformes d’entreprises, identité numérique, intelligence artificielle : une part croissante de la vie économique repose aujourd’hui sur des infrastructures invisibles dont l’interruption pourrait avoir des conséquences immédiates pour les citoyens, les administrations et les entreprises.
C’est dans ce contexte que l’Agence des systèmes d’information et du numérique (ASIN) a organisé, le 25 juin à Cotonou, la deuxième édition de la Conférence des responsables de la sécurité des systèmes d’information (CRSSI 2026). Placée sous le thème « L’IA pour la cybersécurité et la cybersécurité pour l’IA », la rencontre a réuni les RSSI des administrations publiques, des opérateurs privés, des gestionnaires d’infrastructures critiques, des experts internationaux et des fournisseurs de services numériques qualifiés. Au coeur des préocucupation de cette conférence : sécuriser les fondations numériques sur lesquelles le Bénin construit sa transformation économique.
De la transformation numérique à la souveraineté numérique
Depuis plusieurs années, le Bénin a engagé une modernisation rapide de son écosystème numérique. Déploiement de la fibre optique, digitalisation des services publics, développement de l’identité numérique, adoption du Code du numérique, stratégie nationale de l’intelligence artificielle et de la donnée : les investissements se multiplient pour faire du numérique un levier de développement. Mais cette montée en puissance s’accompagne d’une exposition accrue aux risques cyber.
« Plus un État sait, plus il a à protéger », a souligné Mahunan Akplogan, ministre de la Transformation digitale et de l’Innovation.
La formule résume le paradoxe auquel sont confrontés les États modernes. Chaque avancée dans la collecte de données, l’automatisation des services ou l’amélioration de l’efficacité administrative crée de nouvelles opportunités. Elle ouvre également de nouvelles surfaces d’attaque. Pour le ministre, la question dépasse désormais le cadre technologique.
« La souveraineté aujourd’hui n’est plus seulement territoriale, elle est aussi cognitive », a-t-il déclaré.
À travers cette notion de souveraineté cognitive, les autorités béninoises mettent en avant la nécessité de protéger les données, les systèmes critiques et les capacités numériques qui participent désormais au fonctionnement de l’État et de l’économie.
L’intelligence artificielle, nouvel accélérateur des risques et des opportunités
Le choix du thème de cette deuxième édition n’est pas anodin. L’intelligence artificielle transforme progressivement les modèles de cybersécurité à travers l’automatisation de la détection des menaces, l’analyse prédictive ou encore l’identification de comportements anormaux sur les réseaux. Mais la technologie peut également être utilisée par les cybercriminels pour accroître la sophistication des attaques.
« L’intelligence artificielle est certes une vraie opportunité et présente de vrais leviers de défense, mais c’est également un puissant outil d’attaque », a averti Marc-André Loko, directeur général de l’ASIN.
Cette évolution impose une adaptation permanente des dispositifs de protection. C’est l’un des objectifs poursuivis par la CRSSI, qui entend renforcer la coordination entre les acteurs publics et privés chargés de la sécurité numérique. En marge de la conférence, un cyberdrill grandeur nature a permis aux participants de tester leurs capacités de réaction face à des scénarios de crise simulés. L’exercice illustre une conviction désormais largement partagée dans le secteur : la cybersécurité ne se limite plus à la protection des systèmes ; elle repose également sur la préparation, la coopération et la rapidité de réponse.
Construire la confiance numérique de demain
Au-delà de la technique, les échanges ont mis en lumière un enjeu fondamental : la confiance. Le gouvernement ambitionne de faire du numérique un moteur d’amélioration des services publics, de compétitivité économique et d’innovation. Mais cette ambition ne peut prospérer sans un environnement sécurisé.
« Il n’y a pas d’État augmenté sans système protégé. La sécurité des systèmes d’information n’est pas une barrière dressée contre l’innovation, elle en est la condition », a insisté Mahunan Akplogan.
Cette vision traduit une évolution profonde des politiques publiques numériques. La cybersécurité n’est plus seulement perçue comme un centre de coût ou une contrainte réglementaire. Elle devient un facteur de résilience économique, de confiance des investisseurs et de continuité des services essentiels. À travers le renforcement du BJ-CIRT, la mise en place de dispositifs sectoriels de réponse aux incidents et la montée en compétence des responsables de la sécurité des systèmes d’information, le Bénin cherche à consolider les fondations de son économie numérique.
Car à mesure que l’intelligence artificielle, les données et les services connectés prennent une place croissante dans la vie économique, protéger les systèmes numériques revient de plus en plus à protéger la capacité même du pays à produire, échanger, innover et créer de la valeur. Derrière la cybersécurité se joue ainsi une partie de la compétitivité future du Bénin.












