Par Boris Mawuena
L’Afrique connaît une envolée sans précédent de ses paiements numériques. Selon le rapport sur les Systèmes de paiement instantané inclusifs (SIIPS) 2025, publié le jeudi 13 novembre 2025 par la Fondation AFRICANENDA, en partenariat avec la Banque mondiale et la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), les systèmes de paiement instantané (SPI) ont traité près de 64 milliards de transactions en 2024, pour une valeur totale avoisinant 2.000 milliards de dollars. Cette progression illustre la transformation rapide du continent vers une économie numérique plus inclusive. « Les paiements instantanés inclusifs transforment la manière dont les Africains se connectent économiquement », a déclaré Robert Ochola, directeur général de la Fondation AFRICANENDA.
Entre 2020 et 2024, le volume total des transactions a augmenté en moyenne de 35% par an, tandis que leur valeur a progressé de 775 milliards à 1.980 milliards de dollars, soit une croissance annuelle moyenne de 26%. Les SPI d’argent mobile demeurent dominants en volume, avec des millions de transactions de petits montants, environ 11 dollars en moyenne par opération. Toutefois, les SPI bancaires affichent la plus forte dynamique : +50% en volume et +28% en valeur entre 2023 et 2024. Les systèmes multisectoriels, quant à eux, voient leur valeur moyenne de transaction diminuer à 95 dollars, signe d’un usage plus large pour les paiements du quotidien.
Le rapport recense 36 systèmes opérationnels dans 31 pays, dont cinq nouveaux lancés en un an. Près de la moitié sont désormais interconnectés entre banques, opérateurs mobiles et fintechs, marquant une avancée majeure vers une intégration régionale. Le Nigeria, avec son Nigerian Instant Payment (NIP), devient le premier pays africain à atteindre un niveau d’inclusivité jugé « mature » par AFRICANENDA. Les usages s’étendent désormais au-delà des transferts entre particuliers : paiements entre entreprises, transactions de l’État vers les citoyens (G2P) et opérations transfrontalières gagnent du terrain.
Des défis persistants à surmonter
Malgré ces progrès, plusieurs obstacles freinent encore l’adoption des paiements instantanés, notamment pour les jeunes, les femmes et les acteurs du secteur informel. Les enquêtes menées en Angola, Côte d’Ivoire, Madagascar et Tunisie montrent que les particuliers adoptent plus vite les paiements numériques que les commerçants. La crainte de la fraude, le manque d’agents de proximité ou l’absence de pièce d’identité officielle demeurent des freins importants. Entre 50% et 75% des utilisateurs préférant le liquide citent la fraude comme principal obstacle. « Pour que les paiements numériques soient accessibles à tous, l’inclusion doit être intentionnelle », a souligné Mactar Seck, représentant de la CEA.
Le rapport SIIPS 2025 recommande de renforcer la coordination entre les paiements instantanés, les identités numériques et les cadres de protection des données. Une meilleure intégration de ces infrastructures publiques pourrait rendre l’écosystème financier africain plus inclusif et plus sûr. Pour Niraj Verma, directeur mondial par intérim du département Finance et investissement de la Banque mondiale, « les systèmes de paiement rapide soutiennent des objectifs plus larges : inclusion financière, création d’emplois et stimulation des échanges ». Le rapport complet SIIPS 2025 est disponible sur le site web de AFRICANENDA.