Par Claudia Kenou
Les pays en développement, en particulier en Afrique, peinent à exister dans un monde numérique dominé par une poignée de multinationales, selon un rapport publié le 8 juillet 2025 par la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED).
Entre 2017 et 2025, la part de marché des cinq plus grandes entreprises numériques mondiales (Microsoft, Apple, Amazon, Google, etc.) est passée de 21% à 48%. Aujourd’hui, sept des dix plus grosses entreprises du monde sont issues de la tech américaine. Cette concentration limite l’innovation et ferme la porte aux nouveaux entrants, notamment ceux des pays du Sud.
Un déséquilibre structurel croissant
Les grandes plateformes bénéficient d’effets de réseau et d’un accès massif aux données. Plus elles attirent d’utilisateurs, plus elles deviennent dominantes. Ce cercle vertueux pour les géants est un frein majeur pour les entreprises émergentes, qui n’ont ni les moyens financiers ni les infrastructures nécessaires pour rivaliser. En Afrique, la capacité à réguler ces marchés reste très limitée. Entre 2020 et 2025, seules 16 interventions ont été recensées sur le continent, contre 263 en Europe et 152 en Asie, selon la CNUCED et Digital Policy Alert. Le manque de régulation, d’expertise technique et de données locales renforce la dépendance aux règles dictées par d'autres régions du monde.
L’Afrique face à une domination technologique étrangère
L’Afrique reste pratiquement absente des secteurs stratégiques comme l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs ou le cloud. Les coûts d’entrée élevés, la rareté des talents qualifiés et la dépendance aux technologies étrangères empêchent l’émergence d’un véritable écosystème numérique africain. Même les start-up locales innovantes peinent à se développer sans soutien extérieur. La seule exception notable est l’Afrique du Sud, qui a adapté sa législation pour limiter la concentration dans les secteurs du e-commerce, des plateformes de voyage et de livraison. Mais cette initiative reste isolée.
Appel à une gouvernance numérique équitable
Pour la CNUCED, cette situation mène à une marginalisation numérique croissante des pays en développement. L’organisation appelle à une action urgente et coordonnée pour contrer la domination des grandes plateformes. Elle propose plusieurs pistes. Il s'agit de renforcer les régulations nationales en matière de concurrence, d'investir dans les infrastructures numériques, de développer les compétences locales, de soutenir les start-up africaines et de favoriser la coopération régionale entre autorités de régulation. Selon la CNUCED, seule une gouvernance numérique plus équitable permettra de garantir l'inclusion et la souveraineté technologique des pays du Sud.