Par Claudia Kenou
L’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) enregistre des avancées majeures dans la facilitation des paiements interbancaires transfrontaliers, avec une réduction notable des délais et des coûts. Toutefois, certains obstacles restent à surmonter pour optimiser ces services à l’échelle régionale.
Lors d’une réunion tenue à Livingstone, en Zambie, mi-juin 2025, le gouverneur de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), Jean-Claude Kassi Brou, a souligné les progrès accomplis. Grâce aux réformes initiées depuis les années 2000, le traitement des paiements interbancaires transfrontaliers est passé de 45 jours à moins de 2 jours et les coûts des transactions ont été réduits à quelques dizaines de centimes. Par ailleurs, le développement des transferts internationaux vers des comptes de monnaie électronique, favorise l’inclusion financière des populations non bancarisées. Sur le plan réglementaire, la BCEAO a amélioré la transparence des tarifs et mis en place une plateforme régionale d’interopérabilité pour les paiements instantanés entre les huit États membres. Un cadre réglementaire adapté aux fintechs a également été instauré afin d’encadrer leur croissance tout en garantissant la sécurité des transactions.
La BCEAO participe aussi à des initiatives panafricaines majeures, notamment le Système de paiement et de règlement de la CEDEAO (EPSS) et le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS). Ces dispositifs visent à soutenir la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) en réduisant les délais de paiement à environ 120 secondes et en encourageant l’usage des devises locales. Malgré ces progrès, des défis subsistent. Selon la Banque des règlements internationaux (BRI), les frais de transaction dans la région dépassent encore 3% alors que l’objectif est fixé à 1%. Moins d’un quart des transactions interbancaires sont créditées en moins d’une heure. De plus, les disparités réglementaires entre régions et les limitations des réseaux bancaires compliquent l’amélioration globale.
Le gouverneur de la BCEAO insiste sur l’importance d’intégrer davantage les acteurs non bancaires, comme les fintechs et les institutions de microfinance, pour rendre les paiements transfrontaliers plus inclusifs, rapides et sécurisés. Il appelle à une meilleure coordination autour de cinq priorités: harmonisation des cadres réglementaires, convergence des règles de supervision, gestion des risques de change et de règlement, mutualisation des dispositifs anti-risques et partage d’informations entre autorités compétentes. L’UEMOA montre ainsi la voie grâce à des réformes concrètes, mais la réussite durable dépendra de la coopération entre États membres et du renforcement des infrastructures numériques, en vue de répondre aux ambitions fixées par le G20 d’ici 2030.