Par Claudia Kenou
La Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf) ouvre un marché potentiel de 1,4 milliard de consommateurs grâce à la suppression progressive des droits de douane sur 97% des lignes tarifaires sur une période de 5 à 13 ans. L’accord prévoit aussi l’harmonisation des règles d’origine et la facilitation des paiements.
Selon la Commission Économique pour l’Afrique (CEA), l’objectif est de stimuler le commerce intra-africain, attirer les investissements, accélérer l’industrialisation et créer des emplois pour une jeunesse en pleine croissance. D’après le rapport 2024 de la CNUCED sur le développement économique en Afrique, une mise en œuvre intégrale de la ZLECAf pourrait générer un marché de 3.400 milliards de dollars. Elle représente ainsi une opportunité majeure pour diversifier les exportations, réduire la dépendance aux produits primaires et élargir les débouchés commerciaux.
Opportunités pour les PME
Pour les petites et moyennes entreprises, la ZLECAf ouvre la voie à une meilleure intégration dans les chaînes de valeur régionales (agroalimentaire, textile, cosmétiques, numérique, etc). Elle favorise également l’accès à de nouveaux marchés pour les biens et services. Toutefois, les opérateurs locaux doivent se préparer à une concurrence accrue, notamment face aux exportations des grandes puissances africaines.
Des obstacles persistants
Le potentiel de la ZLECAf reste limité par de nombreux défis. Il s'agit de la faible productivité et des difficultés d’accès au financement; le déficit infrastructurel: routes, énergie, logistique et transport et le manque d’information et de préparation des acteurs économiques. Selon la BAD et la CEA, l’Afrique enregistre chaque année un déficit d’infrastructures compris entre 68 et 108 milliards de dollars alors que les besoins sont estimés entre 130 et 170 milliards. Résultat: seuls 34% des Africains ont accès à l’électricité et 40% vivent à plus de 5 km d’une route praticable. Le Bénin, malgré ses progrès, n’échappe pas à cette réalité. Un rapport du Centre du commerce international (2024) indique que 49,5% des entreprises béninoises n’ont jamais entendu parler de la ZLECAf alors même que 97% d’entre elles estiment que l’accord aura un impact positif sur leurs activités. Ce paradoxe illustre le déficit d’information et le manque de préparation.
Un besoin urgent d’accompagnement
À l’échelle continentale, le rapport PAFTRAC Africa CEO Trade Survey 2024 révèle que 91,2% des chefs d’entreprise africains ne reçoivent aucun soutien pour exploiter la ZLECAf. Leurs priorités sont claires: disposer d’informations fiables (66%), faciliter l’accès au crédit (56%) et bénéficier d’un renforcement des compétences (49%). La réussite de la ZLECAf dépendra donc de la capacité des États africains à développer des partenariats solides, améliorer les infrastructures et accompagner les PME afin de transformer ce marché continental en véritable levier de croissance inclusive.