Par Claudia Kenou
La révision du Système de comptabilité nationale (SCN), approuvée en mars 2025 par la Commission de statistique des Nations Unies, marque une étape importante dans la modernisation des outils de mesure économique. Cette mise à jour intègre désormais les réalités numériques, les cryptoactifs, les ressources immatérielles et même l’impact de l’épuisement des ressources naturelles.
Depuis la dernière réforme en 2008, l’économie mondiale a été transformée par des innovations comme les applications mobiles; l’intelligence artificielle; les plateformes numériques et les cryptoactifs. Ces évolutions n’étaient pas suffisamment prises en compte dans les méthodes statistiques. Le nouveau SCN répond à ce besoin d’actualisation.
Ce qui change avec le nouveau SCN
La révision introduit plusieurs nouveautés. Il s’agit d’une meilleure prise en compte des investissements immatériels: propriété intellectuelle; logiciels; bases de données; l’intégration des services numériques dans les modèles de production et de consommation; l’évaluation spécifique des cryptoactifs, classés comme “actifs non financiers non produits”; la prise en compte de l’épuisement des ressources naturelles dans le calcul du PIB. L’objectif est de refléter plus fidèlement la réalité économique actuelle.
Un enjeu stratégique pour l’Afrique
Pour les pays africains, cette réforme est une opportunité majeure, bien au-delà d’un simple changement technique: mieux mesurer l’économie informelle et numérique; valoriser les ressources immatérielles; mieux refléter les performances économiques réelles dans les indicateurs officiels. Par exemple, le Bénin avait déjà rebasé ses comptes nationaux en 2016 selon le SCN 2008, ce qui avait permis une amélioration du PIB, un meilleur classement au niveau de l’UEMOA (notamment pour le déficit budgétaire) mais aussi une dégradation de la performance sur la pression fiscale. Cela montre que le changement de cadre statistique a un réel impact sur la lecture des indicateurs économiques.
Des défis à relever
L’adoption du nouveau SCN demande des efforts importants. Il s’agit des données plus détaillées, des méthodologies plus complexes; des compétences techniques et ressources humaines qualifiées; des outils technologiques adaptés. Le FMI s’est engagé à accompagner les pays africains (appui technique, formations, conseils) avec un calendrier d’adoption prévu entre 2029 et 2030. Cette réforme du SCN est une chance pour les pays africains de mieux représenter leur économie, souvent mal évaluée par les outils actuels. En élargissant ce qui est compté et valorisé, ils peuvent reprendre le contrôle de leur propre récit économique, avec des statistiques plus inclusives, plus réalistes et plus utiles pour le développement durable. C’est le début d’une nouvelle ère statistique pour l’Afrique.