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Intégration régionale : Entre legs économique et vertige géopolitique, la CEDEAO à l'épreuve de ses 50 ans

Dans un climat chargé d’ambiguïtés, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a ouvert, mardi 22 avril 2025, les festivités de son cinquantenaire. Le président ghanéen, John Dramani Mahama, a donné le coup d’envoi d’une série d’activités officielles, culturelles et symboliques, orchestrées pour rappeler un demi-siècle de trajectoire régionale, depuis la signature fondatrice du traité de Lagos en 1975 jusqu’aux mutations contemporaines d’un espace ouest-africain profondément bousculé.

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Intégration régionale : Entre legs économique et vertige géopolitique, la CEDEAO à l'épreuve de ses 50 ans

Dans un climat chargé d’ambiguïtés, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a ouvert, mardi 22 avril 2025, les festivités de son cinquantenaire. Le président ghanéen, John Dramani Mahama, a donné le coup d’envoi d’une série d’activités officielles, culturelles et symboliques, orchestrées pour rappeler un demi-siècle de trajectoire régionale, depuis la signature fondatrice du traité de Lagos en 1975 jusqu’aux mutations contemporaines d’un espace ouest-africain profondément bousculé.

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Par Claudia Kenou

Dans un climat chargé d’ambiguïtés, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a ouvert, mardi 22 avril 2025, les festivités de son cinquantenaire. Le président ghanéen, John Dramani Mahama, a donné le coup d’envoi d’une série d’activités officielles, culturelles et symboliques, orchestrées pour rappeler un demi-siècle de trajectoire régionale, depuis la signature fondatrice du traité de Lagos en 1975 jusqu’aux mutations contemporaines d’un espace ouest-africain profondément bousculé.

Derrière les ornements du jubilé, le moment résonne comme un appel à la lucidité. L'organisation, naguère citée en modèle pour son architecture institutionnelle et sa capacité d’intégration, traverse une crise existentielle inédite. Trois États (le Mali, le Burkina Faso et le Niger), ont récemment acté leur retrait, jetant une ombre sur l’unité régionale et fragilisant l’équilibre de cette communauté qui, plus que jamais, doit réexaminer son positionnement stratégique.

Car si la CEDEAO a su se réinventer face à des défis majeurs (à l’image de la création de la force d’intervention Ecomog en 1990 ou l’adoption de protocoles sur la paix, la sécurité et la gouvernance dans les décennies suivantes), elle semble désormais débordée par une dynamique sécuritaire hors de contrôle. «La CEDEAO n’était pas préparée à affronter l’extrémisme violent», a analysé Amandine Gnanguénon, chercheuse au Africa Policy Research Institute. «Elle a perdu la main sur son propre agenda, au profit d’initiatives parallèles comme le G5 Sahel ou l’Initiative d’Accra», a-t-elle insisté. En effet, face à la montée en puissance de l’Alliance des États du Sahel (AES), c’est désormais sa légitimité même qui vacille.

L’institution reste toutefois dotée d’un socle structurant, fruit d’un travail patient sur le long terme. En matière économique, la CEDEAO peut revendiquer plusieurs avancées notables. L’instauration de la carte d’identité régionale, levier puissant de mobilité intra-régionale, a aboli les frontières administratives pour les travailleurs ouest-africains dans l’espace communautaire, hors secteur public. Elle s’est également dotée d’un mécanisme de taxe communautaire permettant une certaine harmonisation tarifaire entre les États membres. Ces instruments incarnent, pour une partie de la population et du secteur privé, la promesse tangible d’une intégration économique à visage humain.

Mais au-delà de ces réussites, les failles demeurent béantes. Le projet de marché commun est encore inabouti, les échanges intrarégionaux plafonnent à moins de 15% des exportations totales et les disparités structurelles entre les économies freinent toute velléité d’union monétaire. Excepté le corridor routier entre Abidjan et Lagos, les infrastructures transfrontalières attendues n’ont pas vu le jour. En dépit de ses ambitions, chaque pays continue de naviguer selon sa propre boussole économique, souvent dictée par des priorités nationales à court terme.

La vision initiale de Lagos dont celle d'une Afrique de l’Ouest intégrée, prospère, souveraine semble à bien des égards reléguée aux marges du réel. Mais si la CEDEAO veut préserver sa pertinence, elle doit désormais enclencher une réforme de fond, recentrée sur la cohérence de son mandat économique, la lisibilité de son action et surtout, sa capacité à fédérer à nouveau. «Il faut retourner vers les fondamentaux : l’intégration économique, le dialogue politique et la proximité avec les populations», a indiqué Gnanguénon, pointant également un déficit chronique de communication. Selon elle, trop peu de citoyens perçoivent encore l’utilité concrète de l’organisation.

Cependant, rien ne pourra se faire sans les chefs d’État, seuls dépositaires de la souveraineté communautaire au sein de la Conférence des présidents. Leurs choix ou leur attentisme, détermineront si la CEDEAO peut encore incarner l’avenir d’une région en quête de stabilité et d’unité. Le jubilé d’or, loin d’un exercice commémoratif figé, pourrait alors devenir l’amorce d’un réengagement collectif, à la hauteur des fractures d’aujourd’hui et des ambitions d’hier.

Fortuné Dotin

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