Par Claudia Kenou
Pékin renforce ses liens commerciaux avec l’Afrique en supprimant les droits de douane sur les produits en provenance de 53 pays du continent. Un geste stratégique pour soutenir son économie et affirmer son influence face aux États-Unis.
La Chine a annoncé, le 11 juin 2025, la suppression des droits de douane sur les importations provenant de 53 pays africains. Cette mesure a été rendue publique à l’issue d’une réunion de haut niveau tenue à Changsha, dans la province du Hunan, par le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi. Elle concerne tous les pays africains ayant des relations diplomatiques avec la Chine, à l’exception de l’Eswatini, seul État du continent à reconnaître Taïwan, ce que Pékin considère comme une provocation diplomatique. Officiellement, cette décision vise à renforcer les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique, encourager les exportations africaines et diversifier les flux commerciaux. Mais elle répond aussi à une stratégie plus large: stimuler l’économie chinoise en ralentissement, tout en affirmant la position de la Chine comme partenaire privilégié de l’Afrique. Premier créancier du continent et acteur majeur dans ses infrastructures, la Chine consolide ainsi son influence, en facilitant l’accès des produits africains (matières premières, produits agricoles, artisanat) à son vaste marché intérieur.
Une réponse aux tensions sino-américaines
Cette initiative intervient dans un contexte tendu: les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, ont imposé de nouveaux droits de douane pouvant atteindre 50% sur certaines importations africaines. Plusieurs pays, dont le Lesotho, Madagascar, l’Île Maurice, le Botswana et l’Afrique du Sud, en subissent déjà les effets. La Chine en profite pour se positionner en alternative fiable. La déclaration sino-africaine adoptée à Changsha invite même Washington à revenir «sur la voie du dialogue» pour résoudre les différends commerciaux.
Un partenariat à rééquilibrer
L’accès sans taxe au marché chinois représente une opportunité majeure pour les économies africaines, longtemps désavantagées par un déséquilibre des échanges: la Chine exporte massivement vers l’Afrique, mais les produits africains peinent à entrer en Chine. Cette décision pourrait donc rééquilibrer les relations commerciales, à condition que les pays africains puissent répondre aux normes chinoises, améliorer leur logistique et adapter leur offre commerciale aux attentes du marché asiatique. Au croisement de l’économie, de la diplomatie et de la géopolitique, cette mesure marque peut-être le début d’une nouvelle ère dans les relations sino-africaines. Si les pays concernés savent tirer parti de cette ouverture, l’exemption tarifaire pourrait devenir un levier de croissance durable pour le continent.