Par Claudia Kenou
Sidi Ould Tah a pris officiellement les commandes de la Banque Africaine de Développement (BAD) le 1er septembre 2025, lors d’une cérémonie solennelle à Abidjan. Élu le 29 mai dernier, l’économiste mauritanien devient le neuvième président de l’institution, succédant au Nigérian Akinwumi Adesina, après dix années de réformes marquées par une forte expansion des activités de la Banque.
Dans un contexte économique mondial incertain et face à des défis internes d’une ampleur inédite, le nouveau patron de la plus importante institution financière de l'Afrique promet d’impulser une nouvelle dynamique. Devant un parterre de gouverneurs, de responsables d’institutions financières et de partenaires stratégiques, Sidi Ould Tah a prêté serment, s’engageant à servir la Banque avec «loyauté, discrétion et conscience» en ayant pour seul cap «l’intérêt de la Banque et de l’Afrique».
En effet, dès son discours d’investiture, le nouveau président a planté le décor. Sans s’attarder sur des chiffres, il a pointé les réalités du moment; celle de la baisse continue de l’aide publique au développement, de l'endettement croissant de nombreux pays africains et des pressions liées aux changements climatiques. «Je prends l’engagement solennel de m’acquitter de mes devoirs et de mes fonctions avec loyauté, discrétion et conscience, en ayant uniquement à l’esprit l’intérêt de la Banque», a-t-il déclaré devant les gouverneurs et partenaires stratégiques réunis pour l’occasion. Puis, sans détour, il a appelé à une réorientation profonde des priorités et des méthodes d’intervention de la BAD.
Pour Sidi Ould Tah, la clé réside dans la puissance des partenariats. Saluant la présence de Rémy Rioux, directeur général de l’Agence Française de Développement (AFD) et président du mouvement Finance in Common Summit (FiCS), il a insisté sur l’importance de fédérer les forces et de mutualiser les ressources. Le responsable français a confirmé cette volonté commune, soulignant que la BAD et l’AFD mobilisent déjà près de 500 millions d’euros de cofinancement chaque année. «La BAD ne peut pas tout faire seule», a-t-il prévenu, plaidant pour «une répartition des risques élargie avec les autres banques publiques de développement africaines et internationales». Cette alliance stratégique doit, selon Sidi Ould Tah, devenir un levier pour amplifier l’impact des financements et renforcer l’autonomie financière du continent.
Le nouveau président veut également doter la BAD des moyens nécessaires pour bâtir des infrastructures solides et répondre aux urgences climatiques, plaçant la résilience environnementale au cœur de son action. Ce cap s’accompagnera d’un renforcement de l’institution elle-même, afin de la rendre plus agile et mieux armée pour soutenir des projets structurants et générateurs de croissance durable.
Les gouverneurs de la Banque, qui l’ont porté à la présidence, n’ont pas caché leurs attentes. «Les gouverneurs sont convaincus de votre programme, vous êtes l’homme de la situation», a affirmé Ludovic Gatsé, président du Conseil des gouverneurs. Sidi Ould Tah, de son côté, a tenu à remercier chaleureusement le président ivoirien pour son soutien déterminant durant sa campagne.
Avec cette passation de témoin, la BAD entre dans une nouvelle phase. L’heure est à l’action, avec la nécessité de mobiliser des financements inédits, de bâtir une stratégie commune avec les institutions partenaires et d’inscrire le développement de l’Afrique dans une trajectoire qui conjugue puissance économique, justice sociale et résilience climatique.
Fortuné Dotin