Par Harry Orekan
Après un an de brouille, le Bénin et le Niger ont décidé de vouloir recoller les morceaux. Une nouvelle dérangeant à coup sûr les intérêts économiques immédiats du Burkina Faso, qui tente de son côté d’attiser le feu.
Lentement mais probablement ! C’est ce qu’il convient de retenir de l’état des lieux à faire sur la normalisation des relations diplomatiques et économiques entre le Bénin et le Niger, en conflit ouvert depuis la fermeture des frontières béninoises suite au coup d’État perpétré par le Général Abdourahamane Tiani contre le Président déchu Mohamed Bazoum. Même si cette mesure a été levée par les autorités béninoises suite à l’abandon des sanctions prononcées par la Cedeao, le Niger est resté dans ses bottes en refusant d’ouvrir de son côté les frontières avec son voisin. Pendant que le Port autonome de Cotonou a été ainsi abandonné par les autorités et opérateurs économiques nigériens, celui de Lomé est devenu leur chou gras. Ceci, même si en termes de trajet, de sécurité et de coût, cette parade ne les arrangeait pas puisque les marchandises en partance pour Niamey devraient forcément transiter par le Burkina Faso empreint également aux réalités terroristes.
Alors que les nouvelles autorités nigériennes accusent le Bénin d’abriter des bases militaires françaises formant des forcenés prêts à l’attaquer raison de la non réouverture des frontières de leur côté, le Bénin s’est affairé pour battre en brèche ces accusations. Se proposant médiateurs dans ce méli-mélo, les deux anciens Chefs de l’État béninois ont décidé de jouer leur partition pour un dénouement heureux. Dans cette veine, Nicéphore Soglo et Boni Yayi se sont rendu à Niamey le 24 juin 2024 où ils ont tenté de rassurer les dirigeants nigériens quant à la bonne foi du Bénin de voir le pont se rétablir pour le bonheur des deux peuples. Convaincus de cette démarche, Abdourahamane Tiani et ses hommes ont décidé en retour d’envoyer une délégation à Cotonou, pour mieux préparer cette sortie de crise à laquelle ils ont finalement adhéré.
Ibrahim Traoré ou fauteur de troubles….
Alors que la normalisation de ces relations a été actée, le Burkina Faso tente de s’interposer. Face aux forces vives de son pays le 11 juillet 2024, le capitaine Ibrahim Traoré n’a pas lésiné sur les mots pour désigner à son tour le Bénin comme État déstabilisateur. « Personne ne viendra nous dire qu'au Bénin il n'y a pas de bases françaises dirigées contre nous. Nous avons les preuves sous la main. Deux bases importantes. Nul ne peut le contester. Et je les mets au défi. Nous n'avons rien contre le peuple béninois. Là, nous avons un problème avec la politique des dirigeants béninois. Et nous le disons haut et fort encore. Dans cette diplomatie, nous avons décidé de dire la vérité. Il y a bel et bien deux bases françaises au Bénin, une vers Kandi et l'autre en allant vers Porga (ou je ne sais pas quelle localité). Des pistes ont été réaménagées à plus de 3 000 mètres de long. Des avions atterrissent, des gens équipent et forment des terroristes là-bas… », va ainsi lancer entendre le dirigeant burkinabé.
Avec cette attitude, il est évident que le jeune Capitaine n’a aucun intérêt à ce que les deux pays retrouvent leur harmonie d’antan. D’autant plus que le Burkina Faso perçoit des taxes sur les marchandises et bénéficient d’autres avantages économiques sur la circulation de ces biens nigériens en transit quittant Lomé désormais pour le Niger. Se priver de cette manne financière dans un contexte où le pays cherche à se stabiliser financièrement n’est peut-être pas à entendre des oreilles des dirigeants du Burkina Faso.
Si Ibrahim Traoré pense que cette dénonciation démentie par le Bénin peut émousser l’ardeur des deux pays en conflit, c’est sans compter sur leur détermination à aller vers une porte de sortie. La preuve, le Niger conformément à ses engagements a finalement envoyé une délégation de haut niveau les 24 et 25 juillet 2024, pour discuter avec les autorités béninoises. Avec l’espoir que la normalisation est définitivement actée, les bruits de couloir du pouvoir burkinabé fléchissent pour l’heure. Au grand dam des désidératas d’Ibrahim Traoré.