Par Fortuné DOTIN
Nommé en Conseil des ministres le 18 décembre 2024 et officiellement entré en fonction le 26 décembre de la même année, Mouhamed Nazif El-Hadji Alassane Moutawakilou achève sa première année à la tête de l’Agence nationale de normalisation, de métrologie et du contrôle qualité (ANM).
Douze mois marqués par une intensification inédite des contrôles, un retour affirmé du Bénin dans les instances de normalisation et une volonté assumée de faire de la qualité un socle de confiance économique.
Souvent perçue comme une administration technique, la normalisation agit pourtant au cœur du fonctionnement du marché, conditionnant la fiabilité des transactions, la loyauté de la concurrence et, in fine, la protection du pouvoir d’achat. C’est cette lecture économique de la norme qui structure l’action de l’ANM depuis la prise de fonction de son directeur général.
Dès les premières semaines de 2025, l’agence engage une série de contrôles inopinés sur l’ensemble du territoire national, touchant aussi bien les marchés de vivriers que les poissonneries, boucheries, stations-services ou points de vente de produits préemballés.
Les opérations menées à Cotonou, Abomey-Calavi, Parakou, Natitingou, Lokossa, Bohicon, Glazoué ou encore dans les départements du Borgou-Alibori, de l’Atacora-Donga, du Zou-Collines et du Mono-Couffo ont conduit à la saisie de plusieurs centaines de balances non certifiées, à la mise sous scellés de pompes à carburant délivrant des quantités non conformes et à l’application de sanctions pécuniaires prévues par les textes en vigueur.
Ces pratiques, longtemps banalisées, ont un impact économique direct. Elles faussent les prix réels, fragilisent la transparence des échanges et alimentent une défiance structurelle entre vendeurs et consommateurs.
Au-delà de l’effet immédiat des sanctions, ces actions visent un réajustement durable du marché. Les contrôles successifs ont progressivement révélé une amélioration du taux de conformité des instruments et du contenu net des produits inspectés, signe d’un effet dissuasif réel.
En rappelant que la quantité affichée doit correspondre à la quantité servie, l’ANM agit sur un maillon fondamental de la chaîne de valeur : l’information économique donnée au consommateur.
Cette approche coercitive s’accompagne toutefois d’un volet pédagogique assumé. Des campagnes de sensibilisation ont été menées dans les marchés modernes, en collaboration avec l’Agence nationale de gestion des marchés, afin d’expliquer aux commerçants les obligations liées à l’utilisation d’instruments de mesure certifiés, les procédures de vérification et les sanctions encourues.
En réduisant l’asymétrie d’information autour de la norme, l’ANM cherche à transformer une contrainte réglementaire en un outil de sécurisation de l’activité commerciale, notamment pour les petits opérateurs.
Parallèlement à cette action de terrain, l’année écoulée marque un repositionnement stratégique du Bénin dans les instances de normalisation régionales et internationales.
L’ANM a pris une part active aux travaux de la CEDEAO sur l’harmonisation des normes, en particulier dans les secteurs agricoles et agroalimentaires. Les normes révisées ou en cours d’adoption sur le riz, le maïs, la tomate, l’arachide, les aliments fortifiés ou les compléments alimentaires répondent à un enjeu central, celui d’améliorer la qualité des produits mis sur le marché tout en facilitant leur circulation dans l’espace communautaire.
La présence du Bénin à ces rendez-vous ne s’est pas limitée à une participation de principe. À l’issue de plusieurs réunions techniques, l’ANM a obtenu des postes de responsabilité au sein de certains comités, renforçant la capacité du pays à influencer les référentiels régionaux. Une dynamique qui s’inscrit dans une logique de compétitivité non tarifaire, à l’heure où l’accès aux marchés dépend de plus en plus du respect des normes.
Sur le plan international, la participation du Bénin aux assemblées de l’Organisation internationale de normalisation (ISO) et de l’Organisation régionale africaine de normalisation (ARSO) a permis d’inscrire l’ANM dans les débats sur l’évolution des normes face aux transformations industrielles, technologiques et environnementales.
En marge de ces rencontres, des perspectives de coopération et de formation ont émergé avec plusieurs pays, traduisant un regain de crédibilité de l’expertise béninoise en matière de normalisation.
La contribution aux travaux du Codex Alimentarius, sous l’égide de la FAO et de l’OMS, complète ce tableau. En participant aux amendements des projets de normes alimentaires, le Bénin renforce sa capacité à défendre ses intérêts dans le commerce international des denrées, tout en s’alignant sur les exigences croissantes en matière de sécurité sanitaire et de protection des consommateurs.
Un an après sa prise de fonction, Mouhamed Nazif El-Hadji Alassane Moutawakilou imprime ainsi une orientation claire à l’ANM : celle d’une administration qui ne se contente plus d’édicter des règles, mais qui agit sur les conditions mêmes de la confiance économique.
En plaçant la mesure, la norme et la conformité au cœur du jeu marchand, l’agence contribue à assainir le marché intérieur et à préparer l’insertion durable du Bénin dans les chaînes de valeur régionales et internationales. Un travail de fond, discret par nature, mais dont les effets structurants se mesurent dans le temps long de la transformation économique.