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Laurent Gangbes, ancien Directeur général de l'ADPME
Par Fortuné DOTIN
La page se tourne à l'Agence de Développement des Petites et Moyennes Entreprises (ADPME). Lundi 6 juillet 2026, Laurent Gangbes a officiellement passé le témoin à Alvyne Alia, nouvelle Directrice générale de l'agence, au cours d'une cérémonie organisée au siège de l'institution. Conduite par Kolade Ayédéro Okoudjou, Directeur de cabinet du ministère des Petites et Moyennes Entreprises et de la Promotion de l'Emploi, en charge de la Formation professionnelle, la cérémonie a réuni le personnel de l'ADPME, les membres du Conseil d'administration ainsi que plusieurs responsables du ministère de tutelle.
Au-delà du caractère protocolaire de cette passation de service, ce changement de direction marque la fin d'une première séquence dans la vie de l'ADPME. Depuis son opérationnalisation effective en mai 2024, l'agence s'est progressivement imposée comme le principal guichet public d'accompagnement des petites et moyennes entreprises béninoises. Une mission que Laurent Gangbes avait détaillée lors d'une interview exclusive accordée à CADRECO en février 2026, revenant sur la vision, les résultats obtenus et les défis de cette jeune institution.
De guichet unique à acteur central de l'accompagnement des PME
Pour comprendre le bilan laissé par le Directeur général sortant, il faut revenir à la raison d'être de l'ADPME. En effet, l'agence est née de la volonté des pouvoirs publics de regrouper, au sein d'une même structure, les différents dispositifs auparavant dispersés entre plusieurs organismes intervenants chacun sur une partie du parcours des entreprises. « L'objectif était de créer une continuité dans le suivi et d'éviter la fragmentation des interventions publiques », expliquait Laurent Gangbes à CADRECO.
Cette approche intégrée repose sur un principe simple : une PME n'a pas uniquement besoin d'un financement. Selon son niveau de maturité, elle peut avoir besoin d'un diagnostic organisationnel, d'un accompagnement stratégique, d'un accès aux marchés, d'un renforcement de sa gouvernance ou encore d'une restructuration financière. L'ADPME s'est ainsi positionnée comme un orchestrateur capable de mobiliser les compétences techniques, les banques et les partenaires spécialisés autour de chaque entreprise.
Les résultats avancés témoignent de la montée en puissance progressive de cette approche. Depuis mai 2024, 3.240 PME ont bénéficié d'un accompagnement de l'agence, pour un volume de financements mobilisés avoisinant 5 milliards de francs Cfa. Derrière ces chiffres, l'objectif n'était pas de distribuer des ressources de manière uniforme, mais de construire des réponses adaptées aux besoins de chaque entreprise. Comme le rappelait Laurent Gangbes, « le changement d'échelle ne se décrète pas. C'est un processus progressif qui repose sur un diagnostic solide, un accompagnement adapté et un suivi dans la durée. »
Cette logique a conduit l'agence à systématiser les diagnostics avant toute intervention. L'enjeu consistait moins à sélectionner les entreprises qu'à évaluer la solidité de leur modèle économique et leur capacité à se développer durablement.
Financement, accès aux marchés et structuration : les piliers du modèle ADPME
L'une des principales évolutions impulsées au sein de l'agence réside dans la manière d'aborder le financement des PME. Pour Laurent Gangbes, la question ne pouvait être réduite à l'octroi de crédits. « La question centrale est simple. Existe-t-il un marché réel et démontré ? », affirmait-il. Cette philosophie a conduit l'agence à privilégier les entreprises capables de démontrer un potentiel commercial, tout en accompagnant celles dont le modèle nécessitait encore des ajustements. L'objectif consistait à sécuriser les investissements publics en renforçant d'abord la compétitivité des entreprises.
Parallèlement, l'ADPME a développé une collaboration étroite avec les banques, les structures d'appui aux entreprises et les cabinets spécialisés. Les dossiers présentés aux établissements financiers faisaient l'objet d'un travail préalable de structuration destiné à réduire le risque perçu par les prêteurs. « Une PME qui se présente seule à la banque peut se voir refuser un financement, alors que, accompagnée par nos services, son dossier est solide et crédible », soulignait Laurent Gangbes.
Cette articulation avec les banques s'est accompagnée de dispositifs complémentaires destinés à lever plusieurs freins au financement des entreprises, notamment grâce au Programme d'appui aux entreprises du Bénin, aux mécanismes de préfinancement des créances publiques et à la préparation du Fonds d'investissement et de garantie pour les PME.
L'action de l'agence ne s'est toutefois pas limitée au financement. L'accès aux marchés constitue l'autre pilier du modèle développé depuis plus de deux ans. L'ADPME a ainsi accompagné des entreprises dans leur intégration aux circuits modernes de distribution, leur participation aux marchés publics ou encore la résolution de contraintes administratives liées aux autorisations de mise sur le marché.
L'agence s'est également attachée à orienter les entrepreneurs vers des secteurs présentant un potentiel de croissance, en s'appuyant sur des analyses sectorielles et sur l'identification des maillons encore insuffisamment développés dans plusieurs chaînes de valeur nationales, notamment dans l'agro-industrie.
Un nouveau mandat qui s'ouvre avec des défis déjà identifiés
L'arrivée Alvyne Alia à la tête de l'ADPME ouvre désormais une nouvelle étape pour une institution dont les bases semblent désormais solidement posées. Les attentes portent autant sur la consolidation des acquis que sur l'accélération des résultats mesurables en matière de création d'emplois, de compétitivité des entreprises et d'accès aux marchés internationaux.
Interrogé par CADRECO sur les priorités qui devraient guider l'agence dans les prochaines années, Laurent Gangbes insistait sur la nécessité d'adapter en permanence les outils d'accompagnement aux évolutions économiques. « Pour les années à venir, la clé stratégique est l'agilité et l'adaptabilité. Les marchés évoluent rapidement, portés par le digital et les dynamiques géopolitiques, et nous devons être capables de nous ajuster sans délai. »
Une vision qui place la veille économique, les études sectorielles, l'intelligence artificielle, le numérique, la cybersécurité, la transformation agroalimentaire et la santé parmi les domaines appelés à structurer les futures interventions de l'agence.
La passation de service du 6 juillet ne marque donc pas une rupture, mais l'ouverture d'un nouveau cycle. Pour la nouvelle Directrice générale, le défi sera désormais de transformer les fondations posées depuis l'opérationnalisation de l'ADPME en résultats encore plus visibles pour les PME béninoises, dans un contexte où leur compétitivité conditionne de plus en plus la capacité du pays à créer de la valeur et de l'emploi








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