Par Claudia Kenou
Le Bénin se distingue en Afrique subsaharienne par ses avancées remarquables en matière d’inclusion financière, notamment grâce à la généralisation de l’argent mobile et aux réformes engagées depuis 2020.
Selon le rapport 2025 de la Banque mondiale, malgré des progrès dans l'accès aux services financiers en Afrique subsaharienne, des inégalités subsistent. L’accès au crédit reste limité, surtout en zones rurales. En Zambie, par exemple, il atteint 83,8% en ville contre seulement 56,9% en milieu rural. Les écarts de genre sont aussi préoccupants: au Nigeria, les hommes ont 11 points de plus d’accès aux services financiers que les femmes.
Le rapport met en lumière les performances du Bénin, qui affiche un taux d’utilisation de l’argent mobile de 83%, le plaçant en tête de l’espace Uemoa, juste devant le Burkina Faso. Ce succès repose sur l’expansion rapide des points d’accès à l’argent mobile, la simplification des services bancaires via le numérique et l’engagement actif des autorités publiques dans l’innovation financière. Depuis 2020, plusieurs réformes ont été mises en œuvre, notamment la création d’un système public de garantie de crédit pour soutenir les TPE et start-up et la mise en place de registres de garanties pour sécuriser les prêts. Ces efforts ont permis de rapprocher les services financiers des populations rurales et vulnérables.
Des défis à relever
Malgré ces progrès, des obstacles persistent. Les banques restent prudentes et privilégient les placements en liquidités ou en titres d’État, limitant les prêts à long terme; l’accès au crédit reste difficile pour les PME; les taux d’intérêt demeurent élevés pour de nombreux emprunteurs. De plus, l’argent mobile est encore principalement utilisé pour des services de base: transferts, paiement de factures, achats de crédit téléphonique. Pour faire de l’inclusion financière un véritable moteur de développement, le rapport recommande au Bénin de diversifier les services financiers numériques (micro-assurance, épargne programmée, microcrédit digitalisé, etc.); de renforcer l’éducation financière, notamment auprès des jeunes, des femmes et des populations rurales. En 2024, la rentabilité du secteur bancaire a continué de progresser au Bénin, soutenue par les revenus hors intérêts. Toutefois, la fragilité du tissu économique, les risques sécuritaires et la dépendance aux titres publics restent des points d’attention. Grâce à sa stratégie proactive et à son engagement en faveur du numérique, le Bénin se positionne aujourd’hui comme un modèle d’inclusion financière dans l’espace UEMOA. Une dynamique à poursuivre pour garantir un accès équitable et durable aux services financiers pour tous.