Par Boris Mawuena
En marge des travaux, l’Alliance pour la Souveraineté Alimentaire en Afrique (AFSA) a exprimé de vives préoccupations concernant l’orientation des financements agricoles de la Banque. Dans un communiqué publié le mercredi 27 mai 2026, l’organisation remet en question les bénéficiaires réels des investissements de la BAD ainsi que les modèles agricoles soutenus.
Pour étayer sa position, l’AFSA s’appuie sur deux études récentes : une analyse des financements agricoles de la BAD entre 2019 et 2025, ainsi qu’un examen des 40 accords nationaux du programme Dakar 2 « Nourrir l’Afrique ». Selon l’Alliance, ces études montrent que la Banque privilégie les chaînes de valeur agro-industrielles, les grandes entreprises agroalimentaires et les zones agro-industrielles, au détriment des systèmes agricoles traditionnels portés par les petits producteurs.
L’AFSA souligne également qu’une troisième étude réalisée par l’Institut d’études sur la pauvreté, la terre et l’agriculture (PLAAS) de l’Université du Cap-Occidental remet en cause le discours sur les terres africaines dites « inexploitées ». D’après cette étude, ces terres sont déjà utilisées pour le pâturage, l’agriculture itinérante, la cueillette ou encore des fonctions écologiques, tout en étant soumises à des droits coutumiers complexes.
Le rapport estime que le concept de « terres vides », souvent avancé pour justifier l’agriculture industrielle à grande échelle, reprend une logique héritée de l’époque coloniale. Les petits exploitants agricoles géreraient environ 80% des terres agricoles africaines et assureraient jusqu’à 80% de l’alimentation en Afrique subsaharienne.
L’Alliance critique aussi les approches dites « climato-intelligentes », qu’elle juge souvent favorables aux monocultures intensives sans garanties réelles sur leur impact environnemental et social. Elle dénonce également un manque de transparence dans l’attribution des financements et une faible implication des communautés locales.
Face à cette situation, l’AFSA appelle la BAD à créer un mécanisme de financement dédié à l’agroécologie, à renforcer les critères écologiques dans les projets agricoles, à améliorer la transparence des financements et à protéger les systèmes alimentaires locaux ainsi que les droits fonciers des communautés rurales.












