Par Claudia Kenou
Dans une avancée majeure pour la diplomatie climatique en Afrique de l’Ouest, le gouvernement du Bénin a signé à Washington un accord inédit avec plusieurs institutions financières internationales. Ce Mémorandum-Cadre, conclu en marge des Assemblées de printemps de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, établit une nouvelle plateforme de financement climatique visant à soutenir des réformes profondes, stimuler les investissements et générer des emplois durables dans le pays.
Ce partenariat coordonné, le premier de ce type en Afrique de l’Ouest, associe des institutions de poids telles que le Groupe de la Banque mondiale — via la BIRD, l’IDA et la Société financière internationale (IFC) — la Banque africaine de développement, la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB) et le Fonds OPEC. Ensemble, ils s’engagent à aligner leurs efforts sur une matrice commune de politiques climatiques.
«Ce Mémorandum-Cadre marque une étape majeure dans notre cheminement vers un Bénin beaucoup plus résilient face au climat», a déclaré Romuald Wadagni, Ministre d’État chargé de l’Économie et des Finances, lors de la cérémonie de signature. «Avec le soutien de nos partenaires, nous allons renforcer nos institutions, concrétiser des projets à fort impact et ouvrir la voie à un avenir plus vert». Le cadre vise à opérationnaliser l’ambitieuse vision climatique du Bénin, présentée en juillet 2024 lors de la Table ronde sur le financement climatique à Cotonou et approfondie en novembre à la COP29 à Bakou. Il s’appuie également sur les engagements pris dans le cadre du programme de Résilience et de Durabilité signé avec le FMI en décembre dernier.
Les premières contributions concrètes n’ont pas tardé à suivre. Le Fonds OPEC a d’ores et déjà engagé 30 millions d’euros tandis que l’Union européenne prévoit une enveloppe de 28 millions supplémentaires. D’autres financements sont attendus pour 2026, marquant une volonté partagée de passer rapidement de la stratégie à l’action. Le Mémorandum-Cadre repose sur plusieurs piliers structurants: le renforcement des capacités institutionnelles, l’intégration des marchés carbone et la mobilisation de financements innovants comme les obligations vertes ou les mécanismes de l’article 6 de l’Accord de Paris. Il prévoit également un soutien budgétaire coordonné et une amélioration de la transparence dans la gestion des ressources climatiques. Pour la Banque mondiale, il s’agit d’un «moment charnière».
«Nous saluons le leadership du gouvernement béninois, qui a su fédérer ses partenaires autour d’une vision commune. Cette étape est essentielle pour accompagner une croissance résiliente, inclusive, et pourvoyant des emplois de qualité, en particulier pour la jeunesse», a déclaré Marie-Chantal Uwanyiligira, directrice régionale pour le Bénin, la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Togo. De son côté, Olivier Buyoya, directeur régional de la Société financière internationale (IFC), a souligné l’importance d’une mobilisation accrue du secteur privé: «L’élargissement des sources de financement est crucial pour la résilience du Bénin. Cette initiative collective crée les conditions pour un recours efficace aux ressources publiques et privées». La signature s’est tenue en présence de hauts représentants du gouvernement béninois, de responsables d’institutions partenaires et de figures du secteur privé. Elle marque le coup d’envoi d’une nouvelle phase de la plateforme de financement climatique du Bénin dont certains volets — comme la monétisation du carbone et les crédits carbone renforcés — sont déjà en cours de mise en œuvre.
Alors que les nations africaines peinent souvent à transformer les promesses climatiques en financement concret, l’approche béninoise pourrait faire école. En privilégiant la coordination et l’alignement stratégique avec ses bailleurs, le Bénin cherche à démontrer qu’il est possible de lier ambition climatique, développement économique et inclusion sociale. Dans un contexte mondial marqué par l’urgence climatique et les inégalités croissantes, le Bénin fait ainsi le pari que la transition écologique peut aussi être un moteur de transformation économique profonde. Le monde observe, les bailleurs s’engagent et le pays avance — résolument.