Par Claudia Kenou
La Banque mondiale révèle que le mobile money transforme l’épargne des adultes africains, qui augmente de manière spectaculaire, mais que son rôle dans le financement via le crédit reste limité et peine à soutenir l’économie réelle.
En trois ans, le mobile money a changé de dimension sur le continent. Selon le rapport The Global Findex Database 2025 publié en juillet, 40% des adultes africains disposent désormais d’un compte de monnaie mobile, contre 27% en 2021, soit le taux le plus élevé au monde. Cette percée repose sur la densité des réseaux d’agents, la souplesse des dépôts et retraits et une pénétration accrue dans les zones rurales. Résultat : 23% des adultes ont épargné via ce canal en 2024, contre 13% trois ans plus tôt. Dans certains pays comme le Kenya, le Ghana, le Sénégal ou l’Ouganda, plus d’un adulte sur deux utilise son compte mobile pour mettre de l’argent de côté, illustrant l’impact concret de ce service sur l’épargne quotidienne.
Mais cette dynamique ne se traduit pas encore sur le crédit. Seuls 7% des adultes africains ont emprunté via leur compte mobile en 2024, un taux inchangé depuis 2021. La majorité des emprunteurs continuent de recourir à des sources informelles tandis que dans les marchés les plus avancés, les prêts mobiles restent de faible montant, de courte durée et assortis de taux élevés.
La Banque mondiale pointe plusieurs freins structurels: réglementation prudente pour éviter le surendettement, frilosité des opérateurs qui privilégient les services à faible risque et réticence des clients face à un canal encore peu identifié comme fiable pour le crédit. La faible culture financière et des critères d’éligibilité restrictifs accentuent ces limites. Quelques fintech expérimentent des nano-crédits et des modèles de scoring alternatif pour les micro-entrepreneurs, mais l’impact reste limité.
Pour transformer le mobile money en moteur de financement productif, l’institution recommande un effort coordonné des régulateurs, banques et opérateurs. L’éducation financière, la protection des usagers, l’interopérabilité des services et des produits de crédit adaptés aux réalités locales pourraient faire basculer cet outil d’épargne déjà incontournable vers un véritable levier de financement inclusif et durable.
Fortuné Dotin