Par Claudia Kenou
Alors que plus de la moitié des pays d’Afrique subsaharienne sont confrontés à un risque élevé de surendettement, le Bénin se distingue par une gestion rigoureuse et proactive de sa dette. C’est ce que révèle le rapport 2025 de la Banque mondiale sur l’évaluation des politiques et institutions en Afrique.
Selon le rapport, 53% des pays d’Afrique subsaharienne présentent aujourd’hui un risque élevé de surendettement, contre 25% en 2012. Cette proportion avait même atteint 61% au plus fort de la crise en 2021. Plusieurs pays comme le Ghana, la Zambie, le Tchad ou l’Éthiopie ont dû restructurer ou renégocier leur dette. D’autres, comme le Kenya, voient leurs coûts d’emprunt exploser face au resserrement des conditions financières mondiales. Dans ce contexte, le Bénin fait figure d’exception. Grâce à une stratégie prudente et disciplinée, le pays se classe premier en matière de politique et de gestion de la dette, avec une note de 4,5 (au même niveau que la Côte d’Ivoire).
Cette performance repose sur plusieurs choix clés: Privilégier les prêts concessionnels, moins coûteux et limiter les emprunts non concessionnels grâce à une politique dite de «plafond zéro». Renforcer la transparence, avec la publication régulière des stratégies de gestion de la dette et des plans d’emprunt annuels. Mieux structurer le calendrier de remboursement, comme l’illustre l’opération de janvier 2024: levée de fonds de 1 milliard USD (euro-obligations et prêt garanti par la Banque mondiale) dont 250 millions ont servi à racheter de manière anticipée une dette arrivant à échéance en 2032.
Une crédibilité renforcée sur les marchés
Ces décisions renforcent la confiance des bailleurs de fonds et des investisseurs et positionnent le Bénin comme un acteur crédible sur les marchés internationaux. À l’image de la Côte d’Ivoire, le pays démontre sa capacité à naviguer dans un environnement financier exigeant, tout en assurant la soutenabilité de ses finances publiques. Le rapport souligne toutefois que les défis restent importants à l’échelle régionale: baisse de l’aide étrangère, échéances obligataires importantes et dépendance accrue aux financements multilatéraux. Entre 2012 et 2023, les prêts nets accordés par les institutions multilatérales aux pays d’Afrique subsaharienne sont passés de 6 à 20 milliards de dollars alors que les financements bilatéraux et privés se sont contractés. Pour rester éligibles à ces financements à taux préférentiels, les pays doivent impérativement maîtriser leur niveau d’endettement et renforcer la discipline budgétaire.